‹ Lettres d' "Aristocrates"; la Révolution racontée par des correspondances privées, 1789-1794Chapitre 151 sur 553 · Du même à M. de Bellamjer, à Lille · texte numérisé non relu

Du même à M. de Bellamjer, à Lille

[IbuL, p. 114-110.)

Paris, 29 novembre 1789.

J'ai rencontré hier, mon cher Bellanger, Bernières qui m'a donné votre nouvelle adresse... Desboulais, que j'ai également vu dans votre loge aux François, m'a donné de vos nouvelles et de celles du pays dont il vient. Il paroft que tout cela est bien chaud en Brabant, et vous avez bien fait de vous en sortir.

Malgré le peu d'agrément qu'on peut y avoir dans les momens affreux où nous sommes, Paris est plus tranquille que vous ne l'avez vu en partant. Cependant M. de la Fayette vient d'écrire une lettre à tous les soldats, pour leur dire que les dangers n'étoient pas passés, qu'il falloit qu'ils redoublassent de zèle et surtout que ceux qui le pourroient montent une garde de !24 heures tous les six jours. 11 ne s'est pas contenté de cela ; il a été lui-même pérorer tous les districts. Il fait établir diverses batteries de canon, entre autres une sur le Pont-Neuf^ On avoit assuré qu'il y auroit une révolution le 2o, mais elle n'a pas eu lieu, et nous avons été pendant Vt heures sous les armes inutilement. Les plaisans ont prétendu que la représentation étoit retardée par l'indisposition d'un acteur. Tant il y a, que je voudrois bien que tout cela finisse.

Il y a eu avant-hier une petite émeute devant l'Assemblée, hier une à la Caisse d'Escompte. On arrête une quantité de gens soupçonnés ou dénoncés, et tout cela laisse toujours des inquiétudes. Votre frère nous a assurés qu'on n'étoit pas en sûreté contre les voleurs aux environs de Paris. Si ce désordre continue Dieu sait où il nous conduira !...

Tâchez, mon cher Bellanger, de revenir promptement et faites-moi savoir le moment de votre retour, pour que j'aille aussitôt vous embrasser...

1. • M. le Commaiulanl j^éiiéral a cxiiosl- à l'Asseiiiblùe des représentants de la Commuuc lie Paris que la saison dans laquelle on entroit cxigeoit qu'on prit des précautions particulières pour assurer davantage la tranquillité publique. Il a dit qu'il avoit fait placer sur le l'onl-Neuf, dans la place de Henry IV, des canons de signaux destinés, en cas de danger, à avertir les différens postes de la (jarde nationale; qu'il éloit occupé du soin de se procurer un emplacement pour y tenir des troupes toujours prêtes, (|u'il avoit visité tous les bataillons et la cavalerie de la Garde nationale, que partout il avoit remarqué les dispositions les plus patriotiques ». (Procbs-verbal de l'assemblée des représentants de la Commune, dans .S. Lacroix, op. cit., t. 111, p. 42.)

35. — Bu même au comte J.-B. de Pestre, son frère, à Luxembourg .

[Ibid., p. 1-22.)

Paris. 14 décembre 1789.

Il seroit bien difficile, mon clier ami, pour ne pas dire impossible qu'on puisse vous prédire la tournure que prendront ici les affaires. Je ne savois pas que vous aviez des effets publics ; sans cela il y auroit bien longtemps que je vous aurois dit et conseillé de les vendre. Je vous réitère à cet égard le même conseil. Il n'y a encore rien d'établi, je vois que tout est en l'air et que c'est à croix ou pile si, malgré la sauvegarde de la loyauté française, on payera. Les mots sont bons pour les sots, elles faits pour ceux qui raisonnent. Je vois que tous les emprunts sont suspendus, les impôts non payés et le désordre général. D'après cela, j'ai peur qu'en définitive tout n'aille mal. Si les choses au contraire vont bien, les effets monteront un peu ; mais cette hausse n'est point à mettre en balance avec le risque de tout perdre.

Je vous remercie de votre soin à m'écrire les nouvelles...

Je voudrois pouvoir vous en donner Mais ici on ne parle

que de l'Assemblée nationale dont vous avez dans les papiers publiés jour par jour les décisions. On craint une révolution pour le ii5. On prétend quon sait ces époques d'avance par Londres où INL de Galonné en est très instruit. Au reste, le procès de ]NL de Besenval va être jugé ; il sera déchargé d'accusation. Celui du prince de Lambesc s'instruit et pourroit bien ne pas finir de même. Il a cependant des amis chauds de notre connaissance, qui feront ce qu'ils pourront pour le sortir d'affaire.

Il' vient de se commettre un crime horrible à Senlis. Quelqu'un a tiré deux coups de feu de sa fenêtre sur la garde nationale. On a voulu enfoncer sa maison qui étoit entièrement barricadée. Quand on est arrivé à la dernière porte, l'assassin a mis le feu à un tonneau de poudre qui a enlevé la maison et écrasé tout ce qui s'y trouvoit ainsi que dans le voisinage ^

Adieu,..

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