Du même à M. J.-B. Cogeh, à Anvers
(Ibid., T* lat)23, p. 147.)
Paris, le 19aoi"it 1790.
On trouve ici, mon cher oncle, que Léopold fait de grands sacrifices pour avoir la paix, et on y est fort étonné de voir
1. Celle nolammoiit du 18 juillet, où il y cul des joules sui' la Seiuc.
2. " I,es fêles nationales de Paris durent encore, éiTit L'Observateur, dans son numéro 149. Celles de diiiianclie (18 juillet) surtout étoient d'un brillant dont aucun siècle n'a donné l'exemple. Les Clianips-Élysées (''toient réellemeut ces bosquets délicieux que nous ont peints Homère, Virgile et Ovide... I.a superbe coupole de la Halle aux grains avoit aussi (•lé transformée en une salle de bal ma^'nific|uenient décorée. I.e terrain de la Bastille, les racines pour ainsi dire du despotisme si longtemps arrosées des larmes de l'innocence opprimée, étoient foulées par les pieds d'un iicuple libre. Les cris d'allégresse la plus bruyante se faisoient entendre dans les lieu\ où pendant dix (?) siècles se perdirent dans l'ombre et le silence les sanglols et les plaintes des victimes de la tyrannie la |)lus atroce. Des danses très patriotiques, dont l'égalité faisoit le premier charme, occupoient ces vastes salons clianipélrcs. On a vu à la Halle, avec le plaisir le plus sensible. M"" Bailly danser, ainsi que M. le Maire, son époux, une ronde presque entièrement composée de forts, de charbonniers cl de dames de la place Mauberl ».
i74 LE COMTE DE SENEFFE
qu'il renonce ainsi aux conquêtes faites sur les Turcs ^ Les politiques en augurent que l'envie de ravoir les Pays-Bas est un des principaux motifs de cet abandon. Dieu veuille nous préserver des maux de la guerre ! Nous sommes loin d'avoir ici la tranquillité et la paix. De toutes les provinces il arrive de mauvaises nouvelles. Les troupes sont indisciplinées : elles ont mis aux fers plusieurs de leurs officiers. L'Assemblée commence à trembler defe suites de cette prétendue égalité qu'elle a voulu établir. Le vin est tiré, il faut le boire. Paris n'est point tranquille ; hier il y a eu une émeute. On a voulu pendre un prétendu voleur ; la Garde nationale a voulu l'empêcher; il y a eu des coups de sabre de donné.s de part et d'autre -. Quant aux finances, s'ils peuvent parvenir à faire payer l'impôt, elles reprendront le dessus. Les suppressions sont immenses, cependant l'argent ne vient point encore. On parle toujours de créer un papier-monnoie, dont il y aura des billets jusqu'à 10 livres. L'argent est à 4 1/2 et 5.
Je suis...
49, — Du même au même.
[Ibid., p. I.i2.)
Paris, 4 septembre 1790.
M. Necker, mon cher oncle, a donné hier sa démission qui a été acceptée parle Roy et l'Assemblée "*. Il est encore à Paris, et se dispose à partir pour la Suisse. Dans une lettre qu'il écrit, il dit qu'il laisse deux maisons, et une de campagne, et deux millions de ses fonds au Trésor royal.
Le peuple, depuis plusieurs jours, demandoit sa tête et celles des autres ministres. On dit que c'est ce qui l'engage à se retirer. Cette même demande a été faite plusieurs fois ; il l'a méprisée. Quant à moi, je pense qu'il prévoit que les assignats forcés passeront contre son avis. C'est ce qui le détermine à s'en aller, avant que la rumeur qu'ils causeront ne puisse
I. -\ux conférfinces do Roichcnbach : doclai-atioii du 27 juillet 1790 (A. Sorel, l'Europe cl la Révolution, l. II, p 75).
ï. Cela eul lieu au faubourg SainUAnloinc le 18 août. Déjà le IH, le peuple avait voulu faire justice de voleurs pris dans le quartier Saint-Jac(iues cl rue Mazarine, et avait failli les écharper (S. Lacroix, op. cit., t. VI, p. 770-771).
3. Sa lettre de démission fui lue seulement dans la séance du 4 septembre [Arch. pari.,. t. XVIIl, p. 550).
A M. J.-B. COGELS 175
retomber sur sa carcasse. Quelle iiir^tabilité dans les choses ! Quand je me rappelle l'engouement de ce peuple pour lui il y a un an ! Malheur aux fausses idoles que les peuples encensent; ils les brisent bientôt !
Je suis...
uO. — Du même au même.
{Ibid., p. 157-138.)
Paris, 28 septembre 1790.
... Je crois pouvoir VOUS assurer, mon cher oncle, que l'émission proposée de i milliards et demi d'assignats monnoie sera réduite, que cependant elle aura lieu pour une somme de 600 millions ou un milliard. Beaucoup d'orateurs ont absolument parlé contre. ]\Iirabeaua parlé hier pour \ On n'a pas été satisfait de son discours. L'abbé Maury s'est chargé de lui répondre-. Ces discussions peuvent encore durer huit jours au plus : il seroit possible qu'on prononçât aussi d'ici à deux jours, ce qui dépend de l'Assemblée et des orateurs. Il paroît certain que la populace est payée pour soutenir le plan des assignats. Elle se rassemble, pendant toutes ces discussions, autour de l'Assemblée et demande les assignats à toute force, comme s'il devoit en résulter un bien pour eux...
Mille amitiés et respects...