‹ Lettres d' "Aristocrates"; la Révolution racontée par des correspondances privées, 1789-1794Chapitre 214 sur 553 · De la même au même · texte numérisé non relu

De la même au même

{rbid.)

Paris. le 2 mars [1791].

J'ai enfin, mon ami, un exemplaire de Mounier, qui n'est point une contrefaçon. Je vais l'envoyer chez M. d'Agoult avec le Réveil de Suleau^, qui vous amusera. Vous devez trouver qu'on se forme beaucoup à Paris? Voilà trois émeutes ou attroupemens populaires en huit jours ^. Eh bien! au moins, on s'y accoutume, car je vous assure que cela ne fait pas ici la sensation qu'on s imagine en province. L'histoire de lundi a fini d'une manière cruelle pour les bons serviteurs du Roy''. Il avoit montré, le jeudi, de la satisfaction de se voir aussi bien entouré de gens prêts à le défendre, si le peuple fût entré dans les Tuileries '. Lundi, il y en avoit bien davantage. On a anime toute la Garde nationale contre cette garde volontaire qu'on craignoit. On a arrêté comme un assassin un ancien militaire qui avoit un petit couteau de chasse collé contre sa

départ étaient surtout des raisons de religion. « Vous êtes bien sûr, mon clior neveu, écrivait le Z février au Roi M'"» Marie-Adélaïde, que c'est avec le plus grand regret que nous nous éloignons de vous et que nous avons pris notre résolution. 11 nous a fallu des raisons aussi fortes que celles (|ue je vous ai déjà dites, celles de ma religion, pour prendre un parti si cruel à mon cœur, j'aurois cédé à toutes les autres et ma tendresse pour vous l'auroit encore emporté, ainsi que je l'ai prouvé en plusieurs occasions; mais dans celle-ci, nous devons la sa^rilier à notre religion, et c'est assurément le plus grand [sacrilice] que je puisse lui faire, a (Ibid.)

On fut vile au courant dans le public de ces projets de fuite. Le l"" février 1791, la Société des amis de la Constitution de Versailles signale au Club des Jacobins de Paris les préparatifs de départ de Mesdames, exposant en détail que leur intendant et leur cuisinier sont déjà partis, que M"'' Colette, femme de chambre de Madame Adéla'ide. est venue à Versailles faire ses malles, que le curé de Meudon doit les accompagner comme aumônier, que la raison de leur départ « est de pouvoir être entendues par un confesseur canonique et de profiler des exercices de la religion dans sa source la plus pure, en allant la chercher à Rome ». (Arch. nat.. Comité des recherches, D XXI.^lB , 33.)

1. François Suleau, le célèbre pamphlétaire (17oT-l792), venait de faire paraître Ze Béveil de M. Suleau, suivi du prospectus du Journal politique que le public lui demande. Paris, 1791, in-8».

2. L'une, le mardi 22 février au Luxembourg, sur le bruit du départ de Monsieur, frère du Roi ; la deuxième, le jeudi 24 février aux "Tuileries, à propos de la fuite de Mesdames et de leur arrestation à .\ruay-le-Duc ; la troisième, le lundi 28 février à Vincennes où le peuple se porta pour démolir la forteresse.

3. La journée du lundi 28 février ne fut pas marquée seulement par l'émeute de Vincennes, mais aussi |iar l'arrestation aux Tuileries d'un gentilhomme armé d'un petit couteau de chasse et que l'on prétendit avoir voulu tuer le Roi. Les craintes suscitées par les bruits contradictoires qui couraient décidèrent un grand nombre de gentilshommes à se rendre armés aux Tuileries, pour y défendre le Roi. Ce fut la journée des clievaliers du poignard, qui finit mal en effet pour les serviteurs du Roi, désarmés par la Garde nationale et brutalement expulsés des Tuileries. Les lettres qui suivent donnent sur ces divers événements plus de détails que celles de M'"' de Vatre.

4. Le jeudi 24, la Garde nationale avait dissipé les attroupements qui s'étaient formés dans le jardin des Tuileries. .Mais M""* de Vatre laisse entendre que, ce jour-là déjà, beaucoup de gentilshommes étaient venus offrir leurs services au Roi.

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cuisse^. Ces messieurs ont prolité de ce prétexte pour visiter les poches de tout ce qui étoit dans les appartemens. On s'est emparé des pistolets iqui ont été partagés hier matin par la Garde nationale) et des cannes à épée. Plusieurs personnes ont été battues, blessées, maltraitées. On cite, entre autres, le pauvre maréchal de Mailly-, le duc de Piennes-. Celui-ci est noir, dit-on^ de la tête aux pieds. Le premier a pensé en mourir. Un homme de cet âge, aussi respectable ! Ah ! mon ami, que ces horreurs font de mal ! On dit Mesdames toujours retenues à Arnay-le-Duc par la commune qui attend les ordres du département'.

Ce qui console un peu dans ce momcnL-ci, c'est la division qui existe dans les Jacobins. Mirabeau est contre eux. Le voilà dans le département^. On espère qu'il va rétablir l'ordre et faire exécuter les lois. Il a déjà dénoncé en quelque sorte les 30 FACTIEUX à l'Assemblée nationale ^ Cet homme peut nous faire quelque bien, après nous avoir fait tant de mal. Il est dans ce moment l'homme du jour. Tous les vœux, tous les regards se portent sur lui...

Parlez-moi bientôt de votre santé, mon aimable ami, et de tout ce qui vous intéresse. "N^'ous savez comme je vous aime.

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