‹ Lettres d' "Aristocrates"; la Révolution racontée par des correspondances privées, 1789-1794Chapitre 222 sur 553 · De la même au même · texte numérisé non relu

De la même au même

(Ibid., n°* d\> et 44'.j

l'aris, 22 mai 1790.

... Le moment est orageux. Monsieur, l'insurrection est presque générale. Le peuple point contenu se porte, soit d'un côté, soit de l'autre, aux dernières extrémités. Le pouvoir exé-

232 M™^ DE NERMONT

cutif est énervé. Tout ce que je puis vous dire, c'est que nous sommes à cul, et je n'ai garde de voir couleur de rose. A quoi étions-nous réservés ! Quel siècle ! La fermentation des esprits bouillonne depuis bien des années ; vos malheureux Etats ont donné le branle et ont été le mot de guerre.

Je ne puis vous donner de conseil sur laisser ou prendre votre argent à M"^ de Guiaudeux. Je ne connois point du tout ses affaires. Il y a d'ailleurs tant de gens intéressés à empêcher que les assignats prennent, tant de gens qui désirent la banqueroute, tant de fermentation, si peu de confiance dans l'Assemblée, où tout ne va que par les extrêmes, l'absence des principes et de la raison, que d'après cela on ne peut agir qu'en aveugle et se confier en la Providence. J'ai reçu un remboursement pour ma nièce* de 24.000 livres en billets de caisse ; je les ai tout de suite vendus pour ne pas risquer à perdre le tout. Il est vrai que c'étoit dans un moment de fermentation . Nous y sommes encore : l'histoire de la guerre, les insurrections qui arrivent dans la Flandre, le Languedoc, la Bourffoarne, et beaucoup d'autres! ... Il est arrivé une espèce de Saint-Barthélémy à Montauban -. Malgré tout cela, je no puis que craindre la banqueroute, sans pouvoir y croire, par les horreurs qu'elle entraîneroit après elle. Le peuple est monté à un tel point, qu'il y a tout à craindre de sa férocité, si cela arri voit... La conduite des derniers Etats de Bretagne a été le manifeste et la déclaration de la guerre entre les trois Etals en France ^ Ils n'ont pas voulu sentir que le Tiers étoit poussé à bout, que leur nombre en individus étoit vingt fois plus fort, que, dans ce siècle de philosophie, on parloit raison, mais que ce n'étoit qu'un mot, que la probité étoit la même chose, que nous étions rendus à n'avoir ni mœurs, ni principes, ni religion. Je pense que M. Necker s'est trompé en mettant dans l'Assemblée tant de Tiers. Mais ce n'est pas tout le mal. Les esprits étoient montés depuis longtemps. La noblesse et le Clergé ont eu des torts et de très grands torts, lors du commencement de l'Assemblée, en refusant de se réunir, et si ces derniers eussent alors offert le secours qu'ils ont voulu donner depuis, je crois qu'on n'auroit pas porté les choses si loin. Dieu veuille nous en tirer! Il n'y a que lui seul.

Mille choses..., etc..

PORTEU DE NeRMONT.

Page 1