De la }7ïé)ne au mnne
{Ibid., n" 30.)
Paris, ce 28 mars 1791.
... J'ai la tête si prise de ce qui s'est passé aujourd'hui, mon cher Désilles, que vous vous en apercevrez âmes ratures. M. Gobel, évêque de Lydda, a pris possession aujourd'hui de l'évêché de Paris'. On a donné ordre de sonner dans toutes les paroisses et les couvens ; on a battu du tambour, tiré le canon. Tout cela s'est tait tandis que j'étois à la messe, et je vous avoue que cela m'a fait une impression dont je ne suis pas encore revenue. Quoique ma lettre soit datée du 28, c'est pour son départ, car je vous écris le dimanche. Nous nous attendons à voir les nouveaux curés installés cette semaine. Il y en a qui disent qu'on fermera les églises où les prêtres ne seront pas jureurs. Dieu seul sait ce que tout cela deviendra, mais rien ne les arrête...
Ne doutez jamais...
i'2. — De la même au même.
{Ibid., n° 52.)
Paris, 9 avril 1791.
Je ne doute point, mon cher Désilles, que la mort de madame votre mère n'ait renouvelé vos douleurs. La plaie que vous porterez toute votre vie aura souvent des hémorragies. Mais pour madame votre mère, elle a vécu et étoit pour ainsi dire morte depuis longtemps. Je souhaite que vous trouviez une bonne succession; voilà ce que je regarde d'essentiel dans ce moment, où toutes les fortunes sont si fort en l'air...
Jespère quen respect pour la mémoire de votre fds, on ne era rien à votre habitation. Quelqu'un me disoit l'autre jour que vous eussiez dû mettre sur votre porte : Ici est la demeure du père de Désilles, et que cela la feroit respecter.
Vous parlez d'émigration; je n'en suis point étonnée. Mais si vous étiez témoin des horreurs qui se passent ici relative-
1 . Ainsi qu'on le verra. M""' de Nermonl écrivit sa lettre le 2T mars, et c'est le 27 mars 1701 que Gobel fut installé (Delarc, op. cit., t. 1, p. 434).
IG
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ment à nos prêtres, vous ne pourriez vous empêcher d'en être dans la douleur. Nous sommes au moment de ne pouvoir plus avoir la messe. M. l'archevêque Juig-né interdit toutes communications avec les jureurs elles intrus, sous peine des censures de lEglise contormesaux 33 canons, de manière que Ion ne peut plus aller dans aucune paroisse de Paris, que nous n'avons que les couvens. On assure que Gobel, évêque de Lydda. intrus au siège de Paris, va faire fermer les couvens, interdire les prêtres non-jureurs, ce qui nous mettra dans la nécessité de nous passer de messe. Tous les jours, des avanies : jeudi au Saint-Sacrement, pour un sermon ; hier matin, les enfans de l'école de Charité ont voulu battre les Frères, parce ([u'ils ne veulent pas mener les enfans à la messe à la paroisse ; et vous sentez que cela vient des parens. Le peuple, point du tout instruit, n'a pas ])lus de religion que des chiens, et vous parle de la religion et des prêtres non-jureurs comme s'il étoit compétent à les juger.
L'Assemblée vient de mettre le comble au déshonneur de la France par les honneurs et les éloges faits à la mort de Mirabeau, monstre le plus complet qu'aucune femme ait jamais porté, mauvais tils, mauvais mari, lâche en amour, sans principes, comme sans honneur. Sa figure annonçoit son àme, car il avoit l'air dun monstre. Mais il avoit des connoissances, de l'esprit, savoit le conduire, et ne perdoit jamais son but quoiquécliauffé dans la dispute. C'est la différence, du côté de l'esprit, qu'il y avoit entre 1 abbé Maury et lui ; ce dernier est sujet à s'emporter et, quoique vraiment plus éloquent, il est moins fait pour subjuguer.
On vient de me dire qu'on a affiché une ordonnance de police qui ordonne aux couvens de filles de fermer leurs églises. Je viens de l'envoyer chercher. Je vous dirai ce qu'il en est ; mais jusqu'à présent mes voisines du Saint-Sacrement* n'en ont encore rien fait...
Il a été fait une motion pour qu'on apportât le corps de votre pauvre fils à Sainte-Geneviève, pour le mettre à côté de Mirabeau-. Heureusement, elle a tombé. Si elle eût pris, sans attendre votre aveu, je m'y serois en votre nom formellement opposée. Un corps, qui a logé une àme comme celle de votre fils, ne doit jamais êtn^ mis à côté de Mirabeau.
Croyez...
I. I.cs BOurdictiiics du Sainl-Sacrcnicnt tle l;i rue Cassette.
'.'. Cette motion fut faite dans la séance du 4 avril 1791 Arcli. pari., t. .\X1V, p. ji'i).
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