Du même à la même
Paris, 29 avril 1791.
Ma chère petite amie, je rassemble tes commissions et je n'oublierai rien. Je t'ai acheté un joli chapeau à la dernière mode, qu'on appelle à la liberté, et comme les rubans gommés se gâtent à la pluie, j'y ai fait mettre un joli bourdaloue d'or avec des franges, ce qui est plus beau et plus solide. Cela est plus cher, mais cela ne revient pas tous les jours. J'ai eu aussi un beau hochet d'argent à grelots pour notre petite fdle. Je t'ai acheté deux belles pièces de mousseline assorties à tes échantillons ; elles sont plus larges, ce qui fait qu'il y aura plus de matière pour tout ce que tu en veux faire. Mais comme la banqueroute de Sauvage m'obligeoit à payer comptant, j'ai été à un magasin, ce qui fait que je ne les ai pas payées plus cher, faisant sur cela le profit du détailleur. Je t'ai trouvé aussi le bazin que tu demandes. Demain j'aurai ton couteau et ton fouet à l'angloise. J'ai fait demander à Bertrand tes deux pots de pommade et ta bouteille d'eau des Carmes. Il ne me reste plus qu'à avoir ton taffetas et à parler à ta couturière. Cela sera fait demain. Je crois que je n'ai rien oublié. Si tu n'es pas contente de tout cela, tu ne le payeras pas. J'ai fait de mon mieux et tout à l'argent comptant. Il ne nous en restera guère, mais aussi nous aurons moins de dettes...
Pour mon affaire, elle va aussi bien qu'elle peut aller. Le président l'a présentée à l'Assemblée et en a demandé et obtenu le renvoi au Comité. Sur cela, j'ai vu Dubois de Crancé ; je lui ai remis mes mémoires et instructions, et il m'a demandé huit jours pour se remplir de cette cause dont il est le rappor-
leur... Jai rendez-vous avec lui mercredi et j'espère que cela sera décidé...
Enfin, mon C(rur, je touche au moment de me retrouver auprès de toi dans notre charmante solitude, et, à ce que j espère, avec un succès transcendant dans lafTaire la plus importante. Ce sera pour moi un grand repos et une grande douceur ; je t'assure que c'est où j'aspire avec impatience...
Adieu, ma chère petite amie...
LETTRES DE M" DE LA MOTTE, DE M"» DE LA MOTTE ET DE M"'' DE GIVRY A M. DE GIVRY'