‹ Lettres d' "Aristocrates"; la Révolution racontée par des correspondances privées, 1789-1794Chapitre 275 sur 553 · Bc la tnêine au même · texte numérisé non relu

Bc la tnêine au même

i/bid.)

Paris, ce 4 mai 1791.

... Hier, mon cher oncle, on a brûlé le Pape au Palais - Royal. 11 étoit vêtu d'une longue robe de soie cramoisie, d'un rochet de dentelles et avoit au doigt l'anneau du pêcheur, marque distinctive de la dignité pontificale. On lui avoit attaché un écriteau sur lequel étoit écrit : Guerre civile. On prétend que la parure du Saint-Père étoit une affaire de 6 ji 700 livres. I^e tout étoit neuf ^

L'on dit que c'est une femme qui a sauvé Carpentras. Cette

1.' Celte scène eut lieu le 3 mai à 11 heures du malin (Delarc, op. cil., l. I, p. 403- 465).

nouvelle Jeanne d'Arc avoit fait venir à ses frais deux petits canons de Marseille. Le bruit s'étant répandu que les brigands arrivoient pour saccager la ville, elle dit à un vieux militaire qui se trouvoit alors chez elle : « Nos défenseurs sont sans chefs, ils se feront massacrer sans aucun fruit ; vous devriez pour le bien de votre patrie vous mettre à leur tète. » Cet officier allégua son âge, ses infirmités qui le mettoient hors détat de commander des troupes. « Hé ! bien, je les commanderai », s"écria-t-elle, animée d'un courage au-dessus de celui qu'on attribue à son sexe, « je me sacrifierai, je mourrai, s'il le faut, pour sauver mon pays ! » Le vieillard attendri, effrayé en même temps des risques quelle alloit courir, lui jura qu'il mourroit aussi à ses côtés, s'il ne pouvoit lui sauver la vie. Cette femme courageuse, accompagnée du vieux militaire, va offrir son secours aux défenseurs de Carpentras. Ses propositions sont reçues avec reconnoissance. Elle fait transporter ses canons à l'endroit de la ville que les brigands semidoient vouloir attaquer, et au moment de leur arrivée les salue de plusieurs coups de canons qui font tomber quelques-uns d'entre eux. Les autres effrayés se retirent dans les bois, fort en désordre. L'officier la prévint que les ennemis reviendroient sûrement et que l'attaque serenouvelleroit. Mais comme l'armée des bourgeois étoit bien moins nombreuse, on ne pouvoit pas penser à se battre en rase campagne. 11 fut donc résolu de mettre des troupes en embuscade. Elles y restèrent jusqu'au point du jour. Jeanne d'Arc (j'ignore quel est son véritable nom) ayant alors aperçu les ennemis qu'elle avoit attendus jusqu'à ce moment, s'étant promenée toute la nuit sur un petit monticule près de l'endroit où ses gens étoient en embuscade, donna le signal, et l'armée des brigands fut à l'instant massacrée. Cette temme est âgée de 42 ans...

J'ai remis votre lettre à M. de Villeneuve. Il m'a trouvée extrêmement favorisée de recevoir une lettre de vous, tandis qu'il vous a vu répondre au mois de décembre à des lettres de bonne année. Quoi qu'il en soit, je vous demande de me traiter toujours de même. J'aime les distinctions ; mon humeur est un peu aristocratique. Je ne dis pas ce que je vous souhaite, mon cher oncle ; le détail en seroit trop long. Croyez seulement que je vous aime toujours.

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