Du même au même
[ILid., 3« lartie, n" C9.)
Paris, du :22 avril [1791].
Je ne vous dis dans ma lettre aucune nouvelle, mon cher beau-frère ; les gazettes répètent tout ce qui se passe ici, surtout le Journal générale
Tout ce que je puis vous dire, c'est que le Roy est le mortelle
1. Alexanclre-Cliarles-Anne Lcnfaiil (1720-170:2), jôsiiilc prédicateur de Louis XVi.
2. I.e club des Cordeliers avait élé fondé en juillet 17itu par les membres du ci-dcvaul district dos Cordeliers. et siégeait alors au couvent des Cordeliers où il resta jusqu'au commencement de mai 1791.
3. Le Journal i/ênèral, dont le directeur était Louis-Abel de tîonafous, abbé de Konlenay 1737-lSOGj, lut publié du 1" février 17'J1 au 10 août IT'J».
plus malheureux de la France et le plus esclave. Pour obéir au peuple, c'est-à-dire à la plus vile canaille, il vient de renvoyer ses gentilshommes de la Chambre et son grand aumônier ^ lia requis pour aumônier le curé de Saint-Eustache-, jureur, auprès duquel il n'avoit pas voulu se confesser. Pour ses gentilshommes de la Chambre, on lui a permis de les garder, non pas comme gentilshommes, parce que cette qualité choque les oreilles patriotiques, mais comme amis, ou hommes de compagnie. Sil est bien sage d'ici à lundi, on lui permettra d'aller prendre l'air de la campagne. On ne peut entendre ces propos sans frémir. M. de la Fayette adonné hier sa démission, ainsi qu'il en avoit menacé la canaille qui n'avoit pas voulu lui obéir l'autre jour. Toutes les sections sont allées chez lui, ce matin, en députation pour le prier de la retirer. L'on espère qu'il le fera, sous la condition que l'on punira ceux que les clubs ont prônés pour lui avoir manqué et désobéi. Le maire, M. Bailly, n'est pas plus écouté. Dimanche, il a reçu un aiïront sanglant 3. Enfin ici l'anarchie est à son comble. L'on crie partout que si le Roy veut s'en aller, qu'il n'a qu'à donner sa démission et partir ; on en nommera un autre à sa place.
Le duc d'Orléans est violemment soupçonné d'avoir souttlé le feu de la révolte de lundi dernier. Laclos et Sillery étoient, dit-on, habillés en fiacres, criant dans la foule : « Qu'on ne laisse pas sortir le Roy et f. ... de la Fayette ! »
Adieu...