Ath. province de HaiDaut (Belgique
de sévérité a produit son effet, et depuis ce temps la ville est calme. Les troupes allemandes sabrent et sabrent sans miséricorde tous les perturbateurs de l'ordre public.
Dernièrement, larchiduc et l'archiduchesse Christine ^, i^-ouvernante des Pays-Bas, passèrent ici avec l'archiduc Charles, troisième fds de l'Empereur-. Leurs Altesses ne hrent aucun accueil aux François et parurent même fâchés de voir l'uniforme que nous avons adopté. Que penser dune telle conduite? Doit-on l'attribuer à la politique ou à la haine ? L'événement nous l'apprendra. Vous savez que l'histoire rapporte que tous les princes de la maison d'Autriche ont eu, depuis l'entrée de Marie de Bourgogne dans cette famille, la lèvre inférieure très grosse. J'ai vérifié ce fait sur l'Archiduchesse et le lils de l'Empereur, et j'ai trouvé que rien nétoit plus vrai. L'un et l'autre ont la lèvre inférieure dune grosseur prodigieuse.
On nous vend ici tout au poids de l'or. Les logemens surtout sont d'un prix exorbitant. Nous sommes obligés de coucher quatre et cinq dans une chambre et d'en payer le loyer excessivement cher. Je vous réitère mes remerciemens des secours pécuniaires que vous avez eu la bonté de m'envoyer il y a trois mois. Sans eux je serois vraiment malheureux dans ce pays, où nous ne [sommes soufferts qu'en considération de l'argent que nous y répandons. Plusieurs de nos émigrés sont dans un état déplorable : leur misère est telle, qu'ils peuvent à peine se vêtir; et notre situation est si impérieuse, que nous ne pouvons les secourir comme nous le désirerions, sans courir les mêmes risques qu'eux. ]Mais quel que puisse être notre sort, le motif de notre détermination nous servira de consolation, et la cause en est trop belle pour qu'on en puisse jamais blâmer l'effet.
L'abbé Maury a passé ici, il y a quelques jours ^. Nous l'avons fêté, complimenté, etc.. comme l'un des plus zélés défenseurs de l'Eglise et du Trône, lia paru très sensible à l'accueil de la noblesse française réunie, et a fait un très beau discours, où il finissoit par dire que notre postérité recevroit de nous autant de lustre que nous en avions reçu de nos a'ieux.
Je n'ai emporté avec moi qu'une très petite partie de mes
1. Marie-Cliristine, archiducliesse d'Aiitriclie (1742-1798), quatrième cnfaiil de Marie-Tlicrèse cl de François de Lorraine, mariée en 1700 au prince Albert de Saxe, de concert avec lequel elle gouvernail les Pays-Bas depuis 1780.
2. Charles, archiduc d'Aulriciie, duc de Teschcn (1771-1847), Iroisiémo (ils de Léopold 11.
S. Aussitôt ajjrès la clôture de l'Assemblée constituante, l'abbé Maury avait émigré. Après un séjour en Belgique et eu Allemagne, il gagna Rome.
M. DE PONTET A M. d'ABZAC 329
effets, .l'ai laissé à Arras, dans des mains sûres, mon gros porte-manteau, une caisse remplie de livres, papiers, etc..., et une boîte à deux violons. Si l'événement devient pressant, j'aurai soin de vous envoyer l'adresse de la personne qui en est chargée, afin ([u'cn cas de non-rentrée, vous puissiez les réclamer.
Atin que le timbre d'Ath sur mes lettres ne vous compromette point, j'aurai soin, toutes les fois que je vous écrirai, défaire mettre mes lettres à la poste d'une ville françoise, comme Valenciennes, Douai, Condé...
Vous connoissez les sentimens inviolables et respectueu.K que je vous ai voués.
De M. de Pontet à M. d'Abzac.
(Arch. liai., \V 309, doss. 4Û8, n" 14.)
Neuf-Brisach, le 4 mars 1792.
Je n'ai pas voulu vous écrire, mon cher d'Abzac, que je n'aie rejoint ma destination. Je suis enfm rendu et vais vous faire un détail de ce qui m'est arrivé depuis ma séparation du régiment de la Marine ', moment qui m'est toujours présent et bien douloureux. Mon voyage a été une cascade perpétuelle, de voitures jusqu'à Lyon avec Boulard et Saint-Loys, de diligences jusqu'à Besançon seul ou en mauvaise compagnie, de Besançon seul ayant loué une voiture jusqu'à Metz. Tout cela a été horriblement dispendieux, long et fatigant. Mauvais temps, chemins à faire trembler ! J'ai vu partout beaucoup de mécontens. A Lyon, Ion parle tout haut contre les choses actuelles ; en Franche-Comté, tout le contraire, à Besançon surtout ; tout n'y respire que guerre et combats, excepté une classe qui est en fuite ou renfermée dans ses maisons. A Metz, où j'ai passé treize jours, l'on ne voit que frises, palissades, canons braqués, volontaires nationaux, trains d'artillerie, caissons et surtout une garnison très insubordonnée. Les cabarets sont pleins toute la journée, et c'est là où chacun dit sa façon de penser : les