M. RENE-FLORIAN LE MINTIER
exécrable a été découvert par le hasard le plus heureux, qui l'a fait rencontrer à son arrivée par un malheureux parent qui a aussitôt prévenu quelques gens sages, aussi honnêtes que lui, qu'il connoissoit l'arrivant pour un infâme, capable de tout. Ceux-ci ont été à son auberge, et après la conversation établie, l'ont questionné, retourné et peut-être inquiété, de manière à le faire dévoiler la promesse qu'il avoit faite, sur l'appât de 10.000 francs, d'attenter à la vie de notre chef, secondé par plus de quarante complices qui, sous différens prétextes et déguisemens, dévoient se joindre à lui. Vous jugez qu'on s'est assuré de ce monstre et que, par les ordres de l'Electeur de Mayence qui en a été prévenu, on l'a interrogé légalement. Il a dévoilé les complots les plus horribles, il a constamment marqué les plus grands remords, et il s'est confessé. Enfin il a été jugé hier à plusieurs années de prison ilHmitée. Il faut à présent que l'Électeur confirme ou infirme la sentence. Vous imaginez qu'on a pris, sur ses dépositions, toutes les précautions possibles, et qu'elles sont observées avec soin. J'ai fait part au chef de tout ce que vous me dites sur cette terrible circonstance. 11 ma chargé de vous en remercier et de vous assurer qu'il en étoit d'avance très persuadé. Depuis plus de deux mois, sans que sa sécurité en ait été altérée un moment, nous étions dans une position critique de plus d'une manière. On étoit assuré que Kellermann, qui commande les troupes des garnisons frontières, leur avoit donné l'ordre de se tenir prêtes pour venir avec du canon faire une incursion sur Worms, et que cet ordre étoit souvent renouvelé. Il a donné aux habitans de la ville de l'inquiétude qui, sur la nouvelle de cette prétendue déclaration de guerre, est devenue telle, qu'ils ont écrit à l'Electeur, au Roy de P'rance, à la municipalité de Strasbourg pour les prier de les rassurer, ou qu'ils signiticroient aux François de s'éloigner. L'Électeur n'ayant rien fait, ou ne pouvant rien pour leur sûreté, et peut-être craignant lui-même pour son pays, a fait entendre que les circonstances exigeoient qu'on s'éloignât, et en conséquence nous partons d'ici demain ou après, pour aller à Ettenheim, petite possession de M. le cardinal de Rohan, tout près de Strasbourg, ayant dans le besoin la légion de Mirabeau S une partie du régiment de Berwick et nos compagnies au nombre de dix, dont les unes, de deux en deux, sont parties avant-hier, et ainsi chaque jour
I. Celait la \6g\oB levée par André-Boniface-Louis Kiquclli, vicomle de Mirabeau, sous le nom de Hussards de la mort,
successivement, commandées par un officier général par division. A peine y aura-t-il de quoi loger les princes et princesses ; tout le reste sera à la grâce de Dieu. Ceci cependant entre nous, car il faut paroître content de cet établissement.
Vous avez peut-être su que le scélérat est de Nancy, qu'il avoit été chassé d'un régiment, qu'il a été dans la garde nationale, et l'un des principaux auteurs des troubles de Nancy. Il a la croix de Malte, qu'il étoit parvenu sans titres suffîsans à obtenir par la protection de Mesdames. Enfin il se nomme Busselot.
Nous allons passer à Rastadt, où nous verrons M"^ de Ronce*. Madame la princesse L[ouise^, à qui j'ai voulu donner de vos nouvelles, ma dit en avoir reçu depuis peu de M""*" de Vibraye -. Je vous prie, mon cher Général, de lui présenter toujours tous mes hommages, et de recevoir, avec mes vœux constans, l'assurance etc..