‹ Lettres d' "Aristocrates"; la Révolution racontée par des correspondances privées, 1789-1794Chapitre 348 sur 553 · M. ADRIEX-AMBROISE TEXIER A SA MÈRE · texte numérisé non relu

M. ADRIEX-AMBROISE TEXIER A SA MÈRE

De ^f. Adf'ien-Aiiibroise Texier, ancien gendarme de la Garde du lioi à sa mère, M""^ Texier, à Nontron.

(Arcli. liai., W 338, doss. 009, n" 79.)

[Coblentz. décembre 1791. j

... [On nous dit, ma chère mamanj, que, si nous rentrions en France, la tranquillité pourroit renaître et qu'on ramèneroit l'ordre avec l'abondance. Mais pendant plus de deux années la noblesse a souffert vainement et très inutilement des outrages. Tant que les causes de l'anarchie subsisteront, on doit attendre les mêmes effets. Ce sont les bases de la constitution qui sont essentiellement vicieuses ; il faut la refondre en entier ; il faut régénérer les principes de vie du gouvernement. Ce n'est point avec une assemblée nationale comme la nôtre ([u'il faut s'attendre à composer. Ils n'ont pas d'ailleurs le pouvoir de rien changer à cette constitution, dont on leur a remis le dépôt. Il est bien démontre par les laits que cette constitution si vantée est la ruine du peuple, en même temps que l'effroi des propriétaires. Il n'est que trop vrai que nous ne sommes sortis du royaume, que nous n'avons pris les armes qu'après une continuité d'horreurs, d'anarchie, d'impunité de crimes, prolongée pendant deux années entières. La patience et la résignation individuelles sont de toute inutilité. Loin de tendre à la fin de ces troubles intestins, le germe toujours subsistant alloit toujours croissant. Avec cette constitution, il n'y avoit pour les êtres raisonnans que deux partis à prendre : celui de se faire une autre patrie, en abandonnant leurs concitoyens à leur malheureux sort, et le parti le plus courageux de repousser par la force des principes destructeurs de tout gouvernement. Cette dernière marche étoit digne de la noblesse françoise. Je ne voudroispas, pour tout au monde, ne pas lavoir adoptée. Combien je désirerois que mon frère ^ pensât comme moi ! Ce nest pas pour son intérêt particulier, pour son avancement, pour les suites inévitables qui vont retomber sur les militaires accusés de démagogie. Ces causes sont secondaires; mais je le désire pour son honneur...

1. AJrieu-BcrlraiiJ Texier, ijui servait dans le corps du gi'nie.

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