De la même à la même
[Ibid., n" 36.)
De Trêves, ce 7 septembre [1791J.
... Je ne puis vous exprimer, ma chère petite, combien à présent je suis triste et découragée. Le moment de retourner en France me paroît si incertain, je suis si fatiguée des délais que l'on a mis jusqu'à ce moment à remplir les promesses
1. Marie-Louise de Montmorency-Luxembourg, femme de Anne-Altxandre-Marie-Suliiice Joseph de Montmorency, marquis, puis duc de Laval.
dont on nous avoit flattés, que je n'ose plus me livrer à l'espérance. Qu'il est triste, ma chère petite, de passer ainsi sa vie, séparée de toutes les personnes que l'on aime, privée de tout ce qui peut contribuer au bonheur et à l'agrément, et de n'entrevoir pour l'avenir que troubles et orages ! Car telle chose qui arrive, il ne faut pas nous flatter de voir d'ici à longtemps, peutêtre même jamais, l'ordre rétabli parfaitement en France. Nous n'y rentrerons point sûrement cet hiver, et je vous assure que le plaisir que j'aurai à vous voir est le seul motif qui puisse diminuer l'horreur qu'inspire l'idée de venir habiter cet infâme pays. 11 faudra avoir abandonné toute espérance pour s'y déterminer. Il seroit bien dur de venir se remettre sous le joug, après avoir cru en être affranchi pour toujours...
Cette ville-ci est triste et je n'y ai trouvé personne que je connusse assez pour m'être une ressource dans un moment ©ù l'intérêt de l'amitié peut seul être agréable...
Adieu, recevez l'assurance de ma tendre amitié.