Jour de la Fcle-Dieu, qui tombait cette année le 7 juin
7. Ce décret fut rendu le 18 juin {Arch. pari., t. XLV, p. 336-337).
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membres jacobins restés après la sortie des autres. On dit qu'on veut l'annuler; d'autres, qu'il n'aura pas la sanction, si l'Assemblée ne le rétracte pas. Moi, je crois qu'il aura toutes ses formes et qu'il subsistera, mais peut-être pas à perpétuité.
Le moule à assignats ne cesse pas d'aller. On assure les dépenses journalières de 3 à 4 millions par jour. ÎNIon Dieu, que deviendrons-nous en définitive !
Depuis cinq à six jours, le ministère a changé une fois et demies Les ministres étoient, disoit-on, tous jacobins; ils sont tous à présent constitutionnels, autrement Feuillans, Monarchiens. Combien resteront-ils en place? 11 y a des insectes qui ne vivent qu'un jour. Nous venons de voir des ministres qui n'ont duré que trois jours. Vous me parlez des divisions et dissensions de notre pauvre petite bicoque ; je n'en suis pas étonné d'après l'état de Paris. Il m'effraie à un point que je ne puis vous exprimer. La Municipalité et le Département sont divisés, les Sections le sont, la Garde nationale l'est, le peuple bien bas est jacobin, le bourgeois est Feuillant, et les citoyens honnêtes et tranquilles sont vexés, insultés et menacés. A l'Assemblée, les députés se disent des injures ; des coups de canne et des soufflets y sont une monnoie courante. Tous les diables sont déchaînés contre la pauvre France !...
Je suis...
FoUGERET.
{Ibid., n<'43.)
Paris, le 3 juillet 179i>.
Les nouvelles de Paris sont la suite du grand combat entre les Monarchiens ou Feuillans et les Jacobins. L'arrivée de M. de la Fayette au secours des Feuillans a fort surpris, et l'Assemblée en a été fort étonnée. Il a demandé la révocation de la
1. Le 12 juin, Roland, Clavière ot Servan avaient été renvoyés. Dumouriez, auparavant ministre des Affaires étrangères, était devenu ministre de la Guerre; Jarqnes-Antoiue Mourgues, ministre de l'Intérieur; Antoine Duraulhon, ministre des Finances el de la Juslice ; f'ierrc-Paul de .Merédieu, baron de .N'aillac, ancien ministre de France ii Deux-Pouls, ministre des All'aires étrangères. Mais ([uatre jours après Dumouriez ayant quitté le ministère, celui-ci se recunstilua de la façon suivante : IntiTieur : l'icrre-.\iigusle de Terrier de MoucicI ; Guerre : .-Vutoine-Marie-René, muripiis de l.ajard ; Justice: Antoine Duranlhou ; Finances : Jule^-Eniile-François Hervé de Beaulieu, ancien coninussaire de la comptabilité nationale ; Afl'aires étrangères : Viclor-Scipion-Charles-Augusie de la (îarde, marquis de Cliambonas.
Municipalité, la fermeture des clubs, et la punition des auteurs, acteurs et fauteurs des événemcns du 20, et cela au nom de son armée'. Une lettre de M. Luckner en dit autant de la part de la sienne-. M. de la Fayette, arrivé le soir du mercredi 27, est reparti le 30 pour son armée. Depuis son départ, les dénonciations et les affiches contre lui s'entassent les unes sur les autres, et pendant que les départemens de l'Aisne, de la Seine- Inférieure, et de la Somme ^ c'est-à-dire en bon françois de Soissons, Amiens, Rouen, et 20.000 signataires de Paris' demandent la même chose que M. de la Fayette, quelques autres départemens du Midi et des citoyens prétendus des mêmes villes ou d'autres et de Paris font des pétitions contraires, et comme on ne parle pas du nombre des signatures, une pétition de 5 ou 6 personnes balance celle des 20.000 honnêtes gens de Paris qui en ont signé une chez les notaires ^
On ne dit rien de nos armées, sinon que celle de M. Luckner, de victoire en victoire et de prise en prise, a été contrainte par la prudence sans doute à abandonner ses conquêtes et à regagner Lille. Les Prussiens, les Piusses et les Suédois sont en route, et lavant-garde prussienne déjà arrivée. Tous les émigrés seront dans l'armée de Prusse et à la solde du roy de Prusse. Tout cela est en mouvement.
Les Royalistes se sont joints aux Monarchiens pour résister aux Jacobins ; mais ils n'ont pas une foi entière aux paroles de M. de la Fayette et le soupçonnent fort de n'être pas plus ami du Roy qu'il ne l'étoit en juillet et octobre 1789 et depuis en février et en juin 1791. On est en général fort aise de sa démarche contre les Jacobins, quoiqu'on ne sache ce qui en résultera.
Ce mois-ci doit donner bien des lumières sur le sort de la
1. En décembre 1791, La Fayette avait été nommé péuéral d'armée. Comme tel il se trouvait en juin 1792 sur la froulière du Nord. Dès le 16 juin, dans une lettre adressée à l'Assemblée et datée du camp devant Maubeutre, il avait approuvé le renvoi de Roland, Servau et Clavière. Los nouvelles de la journée du 2ù juin, f|ai lui parvinrent ;i son camp devant Bavaj , le remplirent d'indignation. 11 conçut aussitôt le projet généreux de venir protester solennellement devant l'Assemblée contre ces désordres. U partit pour Paris le 20 juin, et le jeudi 28 se présentait à l'.Xsserablée. Cette tentative de La Fayette n'eut d'ailleurs pour effet que d'exaspérer davantage le parti jacobin.
2. La lettre de Luckner, datée de Menin et du 28 juin, fut transmise à l'Assemblée le lendemain du départ de La Fayette par le ministre de la Guerre Lajard.
3. Voir entre autres la pétition du département de la Somme datée du 22 juin 1792, dans Ilortimer-Teruaux, Hialuire de la Terreur, t. I, p. 274-27S.
i. C'est la fameuse pétition des vingt mille, ainsi appelée, bien qu'elle ait été loin de réunir ce nombre de signatures. On en trouvera le texte au Aloniteur de 1792, p. 768. (.Mortimer-Ternaux, op. cit., t. 1, p. 274; t. 11, p. 6-9.) Elle fut présentée à l'Assemblée le 1" juillet.
û. Sur 113 notaires, 1 1 seulement refuséreul de recevoir les signatures par crainte de se compromettre.
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France, et les étrangers auront le plus grand spectacle qui ait jamais eu lieu. Il est digne de la grandeur de Dieu, ce spectacle-là : un Roy, juste et bon, persécuté et, plein de constance, luttant contre l'adversité et l'injustice des hommes, et au moins douze royaumes coalisés pour venir à son secours. Mon Dieu! qu'il est fâcheux d'être aussi mal placés que nous le sommes pour voir ce spectacle ! Qu'il nous a coûté et nous coûtera de larmes !
L'Assemblée a, hier, décrété une fédération, au lieu des 20.000 hommes du décret frappé du veto'. Cela en promet peut-être 100.000 pour le 14, et les nouvelles du ^lidi nous annoncent les bataillons nationaux de Toulouse, Montpellier, ou de Bretagne, etc.. partis depuis quinze jours sur le décret des 20.000 hommes avant la sanction. Paris sera un peu plein. La difliculté sera d'y vivre. Au reste, bien des gens en sortiront d'ici là pour faire de la place.
Je suis...