C'était eu effet une fausse nouvelle
430 M. FOUGERET
Provençaux, Nîmois, et gens du Comtat, qui sont partis avec les intentions les plus sinistres contre notre malheureux Roy et toute sa famille, et qui doivent être arrivés hier à Paris. Tout cela a dû passer à Montargis.
Je ne sais si on s'enrôle beaucoup à Château-Renard. En Brie, ils ne se soucient pas d'aller aux frontières. M. Luckner est parti pour son armée, sans avoir rien fait de bien saillant à Paris, du moins que je sache. Il s'est mis, dit-on, mal avec l'Assemblée. Le duc d'Orléans est revenu à Paris, il y a trois jours. On dit les Autrichiens sur terre de France, et l'on m'a marqué de Paris qu'ils avoient pris Maubeuge. Mais je ne les crois pas encore si avancés. Nous voilà bien : guerre étrangère et probablement guerre civile. Que Dieu daigne, malgré nos crimes, nous prendre en aide!
Adieu, Monsieur...
(Ibid., a" 55.)
Vernouillet, 1" août 1792.
... Je ne puis vous dire, Monsieur, si je resterai encore quelque temps ici, ou non. Paris est fort agité, et déjà les Marseillois et la Garde nationale ont eu maille à partir et se sont battus. Il y a eu un lieutenant parisien de tué, et de part et d'autre quelques blessés. Cène seroit pas une raison de ne pas retourner à Paris, ne fût-ce que pour se joindre à la garde nationale de sa Section, dès qu'il y a du danger. Mais on dit qu'on ne laisse plus sortir personne en voiture de Paris, et si cela est, c'est une folie d'entrer dans une ratière d oij on ne sort pas. Si je peux pourtant, jy retournerai dans la semaine prochaine.
Je viens de voir le manifeste au nom de l'Empereur et du roy de Prusse '. Il assure qu'il n'y aura aucun mal, excès ni pillage défait, que tout sera respecté, les consommations payées, mais que tout bourgeois, qui s'opposera au passage des troupes ou qui de sa maison tirera sur elles, sera tué et sa maison brûlée. La destruction de Paris est annoncée en cas qu'il arrive aucun mal au Roy ou à la famille royale. On écrit de Bruxelles
I. Kp ci'-lèbrc manifeste de Brunswick, i|iii est daU' du 2.') juillet 179i2 (A. Sorcl, op. cit. t. 11, 1. .)U'J et suiv.).
que des cinq armées étrangères, de Strasbourg à Lille, celle des Prussiens vient à Paris et y sera pour la Saint-Louis, et que les ordres étoient donnés pour l'entrée générale le P'aoùt sur toutes nos frontières.
Aux Tuileries, M. d Eprémesnil a été, l'autre jour S battu, dépouillé, traîne nu auPalais-Pioyal, blessé de plusieurs coups de sabre et enfin arraché à demi-mort des mains de ses assassins, et cela en plein jour. M. Pétion est arrivé, et M. d'Eprémesnil lui a dit : « Et moi aussi, Monsieur, il y a trois ans, jétois l'idole du peuple ! » M. Pétion s'est trouvé mal à ce mot, et a été trois quarts dheure à revenir. Voilà toutes les nouvelles; j'y pourrois ajouter une vingtaine de prêtres et de gens de tout état lanternes depuis quinze jours, et surtout le 14 Juillet dernier...
Adieu, ^Monsieur...
4 août. — Les lettres que je reçois de Paris ne me donnent pas envie d'y rentrer ; d'autant que le bas-peuple et surtout les femmes parlent toujours beaucoup dempècher d'en sortir, et ce n'est pas mon compte dans un moment où ^L Manuel, aidé desMarseillois et d'une quantité prodigieuse de gens à piques, y agit en maître. Je ne serois pas étonné que le Pioy et l'Assemblée elle-même ne fussent déclarés déchus par les factieux qui sont venus à bout de se rendre redoutables et les maîtres à Paris. D'après cela, écrivez-moi ici jusqu'à nouvel ordre.