‹ Lettres d' "Aristocrates"; la Révolution racontée par des correspondances privées, 1789-1794Chapitre 415 sur 553 · Du même au même · texte numérisé non relu

Du même au même

IJbid.)

Paris, le 10 mars 1792.

Monsieur. . . , je pense bien que la confédération des puissances voisines, la haine qu'elles nous portent avec juste raison, les dispositions dont elles s'occupent ne sont pas pour en rester là, et que la bombe éclatera au moment que nous ne nous y attendrons pas et que rien de notre côté ne sera prêt et que nos mesures manqueront de concert, parce qu'on ne s'entend pas et que la division règne partout. Ainsi, nous n'avons d'autre perspective que le despotisme ou l'anarchie ; l'un et l'autre sont le plus mauvais des gouvernemens.

Le 11 mars. — Monsieur..., on annonce ici la mort de l'Empereur et cet événement va, sans doute, changer encore une ibis la tournure des affaires, et peut-être n'en serons-nous pas mieux. Ce qu'il y a de certain, c'est que cela n'a pas fait baisser l'argent, car il était hier à 80, et point de doute qu'il montera sous peu à 100 p. 100. J'ai resserré le vôtre partout où j'ai pu, afin qu'il n'y ait rien d'évident et qu'on ne soupçonne pas que je suis chargé d'un semblable dépôt. J'espère, au moyen de ces précautions, éviter tout accident.

J'ai l'honneur...

Lefebvre d'Acy.

1. Plusieurs allusions coutre-révolutioiinaiies, qui se trouvaient dans la pièce donnée alors au Vaudeville [L'auteur d'un moment, par Léger) ayant déplu aux patriotes, ceux-ci (irent le 24 février une grande manil'estation à ce théâtre. La manifestation eut son écho jusque dans l'Assemblée. Voir la séance de la Législative du 30 mars 1792 dans les Archives parlementaires, t. XL, p. 711 et suivantes.

[Jhid.)

Paris, le 15 mars 179:2.

Monsieur..., ce seroit une bien fausse spéculation de croire que, parce que l'Empereur est mort, nos affaires vont aller toutes seules. Il est vrai que cela nous assure un répit de six mois au moins. Mais comme le vice est dans la constitution même, aussi longtemps qu'elle ne sera pas réformée nous n'aurons que divisions, troubles, désordres et discrédit général. Ce n'est certainement pas par ces moyens extrêmes et fâcheux que les choses se replaceront dans un état convenable. L'enthousiasme, l'exagération, l'esprit de parti et de faction passeront; alors, chacun sentira le mal réel qui a été fait à l'Etat qui devroit être le plus florissant et le plus heureux. Mais les François ne sont pas faits pour connoître leurs avantages et en profiter.

On a arrêté, il y a trois jours, à Passy, près Paris, des fabricateurs de faux assignats qui en avoient déjà pour plus de 10 millions prêts à être mis en circulation, et avec lesquels il se proposoient d'acheter du numéraire, ce qui l'auroit promptement fait monter. On assure que ces assignats sont contrefaits de manière à ne pouvoir les distinguer des vrais, môme par les commissaires du Comité. Il est heureux qu'on se soit saisi à temps de ces faussaires qui ont, dit-on, des correspondances dans d'autres villes de France^.

Le sieur Lacombe Sairit-MicheP, rapporteur du Comité militaire, qui fait maintenant le docteur à l'Assemblée et n'avoit jadis ni esprit, ni crédit, ni fortune, a été de longues années débiteur de mon frère auquel il ne payoit ni capitaux, ni intérêts. Voilà les faiseurs du moment ! Ne sont-ce pas véritablement les gueux qui ont voulu se mettre à la place des gens honnêtes? Notre révolution n'est rien autre chose que cette transmutation ; et si jadis nous étions mangés par les gros,

1. « Paris, le 13 mars 1792. — On a saisi dans la joumûe une grande manufaclure de faux assignais. Cotlc enli-pprise élail si clemiue qu'on évalue à lUO.UUO cens les uslensiles et autres elTets sai.si.s. Il y a environ :ilJ iicrsonnes arrêtées ». (Munileur du 1 4 niar^ 1793.)

L'Assemblée accorda à J.-B.-M iric-Louia de la Heynie, ex-vaiuqueur de la bastille, dénonciateur des faussaires, une gratification de iUU.UOU livres.

2. Jean-Pierre Lacombe de Sainl-Micliol (17.ï:i-18lt!). ancien capitaine d'artillerie, membre de la Législative et de la Convention.

nous serons désormais sucés par les petits et ronges jusqu'aux os par les vers et les insectes.

J'ai l'honneur. . .

Lefebvre d'AcY.

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