Du mêm.e au même
{Ibid.)
Paris. le 29 juin 1793.
Monsieur,... voilà de nouveau tout Paris en rumeur à cause de l'apparition subite de M. de la Fayette qui s'est présenté hier à l'Assemblée nationale. En vérité, quand on réfléchit sur ce qui se passe tous les jours, on se perd en conjectures vagues et oiseuses, on ne conçoit pas quel motif peut déterminer et excuser un général d'armée à quitter son poste au moment même où il est en présence de l'ennemi et harcelé par lui ; on n'entend rien à toutes ces intrigues de politique. Quant à moi, je ne doute pas que La Fayette soit un intrigant et un fourbe, qui s'est mis à corps perdu dans la Révolution parce que son ambition le portoit à jouer un grand rôle. Et maintenant qu'il voit tourner la chance et n'est pas sûr de son fait par les bonnes dispositions du dehors, il cherche à se ménager une excuse en se jetant dans un autre parti. C'est au total un homme qui
nest point du tout estimable à mes yeux, et que je suppose n'être ni franc ni loyal. Mais il aura peine à se tirer de là. Tout son esprit et ses intrigues ne le feront pas triompher d'un ennemi supérieur et redoutable qui le battra, s'il ose tenter quelque chose, et il ne réussira pas davantage d'un autre côté : les royalistes ne l'aiment point, les aristocrates le méprisent, et les jacobins le détestent. Il n'a donc pour lui que les constitutionnels et les Feuillans, et encore je ne sais pas s'ils comptent bien véritablement sur un pareil homme. J'ai l'honneur...
Lefebvre d'acy.