‹ Lettres d' "Aristocrates"; la Révolution racontée par des correspondances privées, 1789-1794Chapitre 432 sur 553 · Du 9nême au même · texte numérisé non relu

Du 9nême au même

[ibid.)

Paris, le 7 juillet 1792.

Monsieur, j'ai reçu l'honneur de votre lettre du 4 du courant, laquelle ne peut instruire de rien de nouveau sur les opérations militaires de nos armées retirées et réduites à rester sur la défensive après avoir abandonné toutes leurs brillantes conquêtes. Je ne crois pas que leDumouriez soit plus habile qu'un autre à rétablir nos affaires ; au point où elles en sont, cela ne peut aller qu'au plus mal, et il y a tout lieu de croire que nous ne tiendrons pas aussitôt que l'ennemi se présentera et voudra nous attaquer sérieusement.

Je suis convaincu que nos faiseurs et nos enragés commencent tout de bon à avoir peur, et tout ce qu'ils font le dénote assez. Ils voudroient bien exciter le peuple à se remuer et à se porter à quelques excès ; mais je doute qu'ils y réussissent. Ils ameuteront bien les gredins qui sont à leurs ordres et qu'ils

payent; mais, en général, ce qu'on peut appeler peuple, les ouvriers, la bourgeoisie ne pensent pas comme ces messieurs. On est las, fatigué et rebattu de cette malheureuse révolution qui ne produit que maux, crimes, désordres, anarchie et ne peut faire aucun bien... Je parcours et j'observe froidement les groupes qui se réunissent, et je puis vous assurer qu'à l'exception de quelques énergumènes qui prêchenl le meurtre et le régicide, je ne vois pas qu'en général on soit disposé à l'insurrection. On veut effrayer les Parisiens; mais je parierois tout ce que l'on voudra qu'il n'arrivera rien ici, que les Pétions et autres voient trop clair et sentent bien que, la chance pouvant tourner d'un moment à l'autre, leur perte est inévitable, et quoique scélérats, ils sont tous en général trop lâches pour oser assassiner le Roy. D'ailleurs, ils ne pourroient se flatter d'échapper à un terrible châtiment, et certes les Parisiens ne seroient pas gens à se laisser écraser par les étrangers pour soutenir et défendre de pareils coquins.

On veut nous effrayer de la fédération prochaine, parce qu'elle attire un grand nombre d'étrangers, je veux dire des patriotes outrés des déparlemens. Mais fondus et divisés dans l'immensité de Paris, où il y a tant de monde, ils ne peuvent être aussi dangereux. D'ailleurs, notre Garde nationale, qui est encore plus nombreuse, s'y mêlera, et de tout cela il n'en résultera rien, vous le verrez... iS^os jacobins, qui tremblent pour euxmêmes, sachant ce qui se passe au dehors, voudroient bien inspirer leurs craintes à tout le monde, mais il est assez juste que ceux qui ont occasionné tout le mal aient celui de la peur. Les honnêtes gens ne tremblent pas : le Roy l'a assez bien prouvé le 20 juin dernier. Son courage, sa fermeté, le témoignage d'une bonne conscience lui ont donné l'ascendant sur un ramassis de lâches et de coquins. Il est temps néanmoins que tout ceci Unisse, et je me flatte que le dénouement ne tardera pas. A la moindre nouvelle, vous verrez bien des gens se dépatriotiser et tourner de l'autre côté...

Lefebvre d'Acy.

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