Du même au même
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Paris, le 18 janvier 1793.
Monsieur,... j'ai reçu l'honneur de la vôtre du 15, par laquelle je vois que le change de Londres a moins baisse qu'à Paris, ce qui me donneroit lieu de présumer que dans ce pays, peut-être, on ne regarde pas la guerre avec nous comme certaine, et feroit croire qu'on fera mieux de profiter de ce moment de baisse pour placer, si, comme plusieurs le croient, le jugement du Roy prononcé, tout reprendra, ce dont, néanmoins, je suis loin d'être convaincu... Je vous répéterai qu'on travaille
en aveugle, et que courtiers, agens de change ou autres particuliers suivant la bourse ne peuvent rien dire de précis à ce sujet. Il faut donc aller au hasard et d'après ses propres idées...
J'ignore si le jugement du Roy, qui vient d'être prononcé, influera en hausse ou en baisse. Les uns croient que la Convention, qui vient de le condamner à mort à une majorité de 5 voix seulement, fera en sorte que les denrées de toute espèce soient dès ce moment diminuées pour le peuple, et que les autres affaires se rétablissent en proportion. Mais cela est-il en leur pouvoir? C'est ce dont je doute fort, à moins qu'ils ne prennent aux uns pour donner aux autres, ce qui est plus vraisemblable.
Tout ce que je puis vous dire sur cet événement extraordinaire, c'est que Paris est dans un calme qui ressemble au silence de la consternation, de l'effroi et de la mort. Il n'est personne qui ne s'attendrisse sur le sort de ce malheureux, jadis si puissant, et qui cependant périra sans opposition. Quel exemple! Et quelles réflexions ne fait-il pas naître? Il faut s'attendre et se résigner à tout, quels que soient les événemens subséquens.
Je n'en serai pas moins cordialement, et avec attachement, tout à vous.
Lefebvrk d'Acy .