‹ Lettres d' "Aristocrates"; la Révolution racontée par des correspondances privées, 1789-1794Chapitre 441 sur 553 · Du même au même · texte numérisé non relu

Du même au même

[Ibid.)

Paris, le 23 janvier 1793.

Monsieur,... l'événement affreux du 21 a jeté partout la consternation, et l'on a pu remarquer que les plus zélés partisans du s^'stème révolutionnaire ont trouvé extrême et dangereuse celte mesure qui ne nous sauvera pas des maux infinis qui nous menacent et dont la réalité et la durée est maintenant bien plus certaine. Ainsi paix, sûreté, fortune, il faut se résoudre à tous ces sacrifices, sans aucun espoir de mieux. Il faut voir maintenant comment cela sera vu par les départcmens, et si l'opinion générale y est aussi chancelante qu'à Paris, où elle ne se soutient que par la terreur. Je crains bien que la guerre civile ne vienne combler les forfaits abominables et tous les malheurs qui nous assiègent en ce moment. Je doute au surplus que ce crime, ajouté à tant d'autres, ait l'approbation universelle de la France. Tout en considérant le

Roy comme coupable, on ne vouloitpas sa mort, surtout après avoir enduré une si longue et si douloureuse captivité, et s'y voir condamné pour longtemps encore.

Il faut cependant que la prudence fasse taire la sensibilité, car, sous l'empire de la délation, de l'inquisition, ou plutôt de la tyrannie, il est dangereux de dire sa pensée...

J'ai vu, ainsi que vous, par la lettre que j'ai reçue de MM. Thelusson, que le change étoit à 15. Ce n'est pas le dire des courtiers qui a déterminé mes opérations, mais le cours journalier que j'ai suivi très exactement. Et quoiqu'il y eût certainement un grand avantage à n'avoir pas fait le Londres qui est écoulé, on ne peut raisonnablement se le reprocher, parce qu'il faut se reporter au moment où il a été fait : il s'agissoit alors de la décision du procès du Roy, qui devoit nécessairement y avoir une grande influence, et on pouvoit raisonnablement espérer que le jugement à mort ne seroit pas prononcé. L'incertitude et les dispositions hostiles de l'Angleterre avoient fait baisser notre change ; dans le doute des événemens ultérieurs, il étoit prudent de profiter de l'avantage qui se présentoit, et c'est ce que j'ai fait...

L'argent a baissé ici. Je ne sais pas précisément le cours de ce jour; mais je crois que cette baisse ne se soutiendra guère, quoi que fassent les despotes qui nous gouvernent...

Je vous salue très cordialement.

Lefebvre d'Acy.

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