‹ Lettres d' "Aristocrates"; la Révolution racontée par des correspondances privées, 1789-1794Chapitre 443 sur 553 · Du même au même · texte numérisé non relu

Du même au même

(ibid.)

Lille, ce 4 avril 1793.

Monsieur et ami,... il est constant que la conduite de Dumouriez, qui se trouve maintenant bien démasquée, est fort extraordinaire et doit surprendre infiniment. Elle est faite pour amener un troisième acte à notre révolution, si orageuse depuis quatre années, et sans doute que celui-ci amènera enfin le dénouement et la conclusion. Cela me paroît devoir être ainsi, et il est bien temps qu'on sache à quoi s'en tenir.

Les esprits sont ici, comme partout, agités et inquiets; mais il ne paroît pas y avoir de dispositions à une i'ermentation dangereuse. Le peuple est las de révolution, et veut la tranquillité. On a affiché ici, ce matin, une superbe proclamation, dans laquelle on rappelle que les braves citoyens de Lille, parleur courage et leur intrépidité, ont déjà une fois sauvé la patrie, et qu'on espère qu'ils se montreront encore tels. On ne peut donc rien dire sur l'effet de ces mesures de précaution et de sûreté. L'ennemi viendra-t-il ou ne viendra-t-il pas nous attaquer? Voilà ce que l'on se demande. Je parierois presque pour la négative, et je ne sais pourquoi, je n'éprouve point ici, quoiqu'exposé aux extrémités d'un siège, les terreurs que m'inspire le séjour de Paris, où la fermentation et l'explosion doivent être bien autres que partout ailleurs.

Nous n'avons ici que des nouvelles vagues et incertaines. Chacun conjecture et raisonne à sa mode, et, à dire vrai, on n'y est pas parfaitement instruit de la marche de l'ennemi. On ne sait si Valenciennes et Condé sont en son pouvoir, comme plusieurs le débitoient. J'espère qu'il n'en est rien et que, contens de nous avoir chassés de la Belgique, ils nous laisseront tranquilles dans nos foyers.

Je pense, comme vous, qu'en tout état de cause les assignats seront maintenus, bien qu'ils perdront, comme nous le voyons déjà. Il ne s'agit que de prendre ses précautions et faire ses arrangemens en conséquence ..

A M. VANLERBIÎRGHE 479

Je présente mon respect à madame Vanlerberghe ; civilités et complimens de la part de ma femme.

Je vous salue avec amitié.

Lefebvre d'Acy.

38 — Di( même au même .

[Ibid.)

Au Rault', ce 24 avril 179:r

Monsieur et ami,... on nous assuroit hier qu'il alloit être décrété une nouvelle émission de 1.200 millions d'assignats, dont l'hypothèque ne sera pas assise comme [pour] les derniers sur les biens ecclésiastiques des départemens ajoutés par réunion à la France, et que nous avons reperdus depuis, mais sur les biens-fonds des particuliers. Je ne puis croire à une semblable ressource. Car, en détînilive, il faudroitque ces biens appartinssent, à quelqu'un, et ce seroit donc les retirer des mains des uns pour les faire passer en d'autres, ce qui ne paroît pas trop juste; et puisque c'est au nom et au profit de la Nation qu'on s'empareroit de ces propriétés, la Nation est-elle autre chose que la masse individuelle des citoyens qui la composent, à moins qu'on ne veuille dire que la révolution a été précisément faite pour dépouiller ceux qui avoient quelque chose et enrichir ceux qui ne possédoient rien, ce qui dans tous les sens me paroîlroiL bien contradictoire à la sublime déclaration des droits de l'homme. Au surplus, il faut attendre que les passions se taisent et que la justice et la raison, dont la voix est si souvent étouffée, reprennent leur empire. Alors on pourra juger et agir sans partialité...

Je suis...

Lefebvre d'Acy.

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