‹ Lettres d' "Aristocrates"; la Révolution racontée par des correspondances privées, 1789-1794Chapitre 48 sur 553 · Du même au même · texte numérisé non relu

Du même au même

(Ibid., fol. 2-3).

Paris, ce 20 avril 1789.

Les envieux mourront et non jamais l'envie.

Mon cher Docteur, c'est une grande vérité, et les gens les plus sages sont ceux qui ne voient dans tous les propos vides de sens que l'on débite que le besoin irrésistible que certaines gens ont de parler. Au surplus, j'ai été hier à Versailles au baptême de Mademoiselle d'Orléans S et l'on m'a très bien reçu. Je crois que la besogne sera difficile à faire ; mais avec une logique différente de ceux dont vous me parlez, j'espère que je viendrai à bout de ce que j'ai entrepris.

M. de Guibert-, après avoir été éconduit de Bourges, pour la lecture de son mémoire-', n'a pas voulu en avoir le démenti; il l'a fait imprimer et, comme il est fort insultant pour le Roy, il s'est brouillé à Versailles'" ainsi qu'à Bourges, et il a éprouvé le même sort ici. 11 n'est plus rien au Conseil de la guerre.

Les Etats commencent toujours le 27. Mais le Roy n'y viendra que le 10 de mai. Nous y montrerons nos pouvoirs et nous serons assemblés dans nos Chambres particulières.

La procession et l'ouverture véritable sera le 10 de mai. Indépendamment des places nécessaires aux 1.200 députés, il

1. Adélaïde-Louise d'Orléans, dite M"» deCliartres, née à Paris au Palais-Rojal le 23 août 1777, baptisée en la chapelle du cliâleau de Versailles, le 19 avril 1789.

2. Jacques-Autoine-Hippolyte. comte de Guibert, né en 1743, mort le 6 mai 1790, maréclial de camp, collaboialeur du comte de Saiut-Gcrmain au ministère de la guerre.

3. Il avait été candidat à la dcpulatiou aux Etats généraux dans le bailliage de Bourges, mais l'assemblée de la noblesse avait refusé de l'admettre dans son sein, t A Bourges, dit l'auteur de la Correspondance secrète, le comte de Guibert a éprouvé une cruelle mortification. Un oKicier, le voyant entrer dans l'assemblée, lui dit qu'un homme qui avoit cherché à avilir le soldat français ne devait point figurer parmi la noblesse française. On le pria de sortir ; il s'obstina. Un lui reprocha d'avoir décidé dans le Conseil de la guerre qu'on pouvoit punir le soldat par le plat d'épée et par le bâton ; enfin après plusieurs avanies mêlées même de menaces, il fut obligé de se retirer » [Correspondance secrète .. ■ publiée par M. de Lescure, t. II, p. 340). Le mémoire, dont parle Sillery,est probablement celui que Guibert fit paraître sous le titre de Projet de discours d'un citoyen aux trois ordres de l'Assemblée duBerry, 1789, in-8°.

4. A la date du 2 avril, de Versailles : « M. le comte de Guibert, écrit encore l'auteur de la Correspondance secrète, est arrivé de Bourges. En débarquant, il a fait part au public d'un précis de ce qui s'est passé à son égard à l'Assemblée du Berry. Les reproches qu'où lui a faits peuveut nôtre pas fondés ; mais ils prouvent qu'il s'est, on ne sait comment, rendu odieux aux militaires » {Ibid., p. 341). Le mémoire, auquel fait allusion la Correspondance secrète, est le Précis de ce qui s'est passé à mon égard à l'Assemblée du Berry (25 mars), par M. le comte de Guibert. 1789, in-8°.

V a des places pour 1.800 personnes. La Reine et toute la cour y seront.

La noblesse de Paris s'assemble aujourdluii^ et il y a du mécontentement relativement à la réduction de la Noblesse pour la nomination des députés -.

On assure que les nouvelles de Provence annoncent un peu moins d'effervescence.

Les logemens à Versailles sont hors de prix. Le bon Marcilly^ a trouvé le moyen de me nicher assez passablement. L'appartement que M. le duc d Orléans m'avoit donné nétoit pas logeable.

Lorsque la mission sera finie, ceux qui ne seront pas contens de mon travail viendront me le dire ; mais jusqu'à cette époque, mon cher Docteur, je ne veux croire qu'à la bienveillance de mes concitoyens, dont je ferai les affaires avec le plus de zèle qu'il me sera possible.

Je vous embrasse et votre aimable famille de tout mon C(eur.

P. S. — Le 27, je prends mon logement à Versailles et je quitte ■celui de Paris que je n'habiterai plus. Comme celui-ci me coûte 16 louis par mois, j'aime autant éviter cette dépense. Vous m'adresserez vos lettres à la Grande écurie du Roy à

Versailles.

Marquis de Sillery.

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