‹ Lettres d' "Aristocrates"; la Révolution racontée par des correspondances privées, 1789-1794Chapitre 498 sur 553 · Du même à M. Sarrau te, à Orléans · texte numérisé non relu

Du même à M. Sarrau te, à Orléans

(Arch. nat., F'' 4427, n» 39.)

Étampcs, le 7 septembre 1792.

Que de chagrin ne vous donné-je point, mon chef ami ! Que de peines êtes-vous venu chercher auprès de moi ! Pourquoi n'avez-vous voulu me fuir ? Je crains que mes malheurs ne retombent sur vous. On nous fait séjourner à Etampes, pour nous mener, dit-on, à Versailles demain. Vous savez ce qui fait ma tranquillité ! On est bien fort, lorsqu'on n'a rien à se reprocher. Je m'attends à tout malgré cela.

Je suis bien persuadé que vous aurez été à Saint Charles. J'ai laissé quelque reste de compte à payer; vous y aurez sans doute fait honneur. Je vais soumettre ma lettre au général. Adieu, mon cher ami, je désire que vous soyez plus heureux que moi.

J'ai écrit hier à ma sœur. Vous plaindrez ma malheureuse mère autant que moi.

Je vous dirai aujourd'hui que la lettre, que je vous ai remise pour M"" Pommier, contient une pièce, où l'on trouvera plusieurs nullités. Ce n'est pas étonnant, ne connoissant point les formes. Mais elle n'en [est] pas moins bonne. Un mauvais cidevant procureur me l'avoit dictée...

7. — De M. Hubert de Lassatix,^ ancien brigadier des Gardes du corps, à M. Maringer de Peîling, ti-deoant curé et doyen à Tinsdorff, jyaT Thionville, à Sierck^.

(Arch. nat., F' 4427, n» 18.)

Étampes, ce 7 septembre 479â. J'ai oublié, mon cher doyen, un article dans mon testament,

1. Cette lettre nVitant pas signée, je ne cache pas (|uc cette attribution est très douteuse €t qu'elle n'est fondée que sur une probabilité.

i. Ancien déparleincut de la Moselle, arrondissement de Thionville.

M. HUBERT DE LASSAUX A M. MARINGEK DE PELLING 539

et comme je ne veux rien [avoir] à me reprocher, je vous prie de faire venir une fille, qu'on nomme Marie; c'est la fille dune veuve dont je ne sais pas le nom dans ce moment-ci, mais par un surnom on l'appelle Betzelgen. Elle est accouchée cet hiver, depuis mon départ, et la Nannette, ma cuisinière, en est la marraine, c'est-à-dire de son enfant. Ainsi vous la découvrirez aisément. Comme on m'a dit qu'elle avoit dit que cétoit moi qui étois l'auteur de son enfant, et si cela est, vous [\e] lui demanderez en conscience; mais je ne puis le croire. Si cependant elle le confirme, je vous prie de lui faire donner par mes héritiers une somme de 300 livres une fois payée. Cette somme ne sera pourtant payée qu'après les legs faits par mon testament, et prise sur les revenus des fonds, quand toutes les charges seront acquittées. Je vous renouvelle que je ne prétf>nds pas qu'on fasse la moindre retenue à madame de Menten, ni sur ce que je lui dois, ni sur les legs que je lui ai faits. Ce sont ainsi mes dernières volontés, et j'espère que mes héritiers y feront honneur. Je suis bien fâché de ne pas pouvoir leur laisser davantage. Si le bon Dieu me préserve mes jours, je pourrai leur faire davantage.

On est venu nous chercher de Paris pour nous y conduire. Aujourd'hui, on nous a dit qu'on nous mèneroit à Versailles. Si nous pouvons y arriver sans accident, je vous le marquerai ; sinon, vous l'apprendrez par les papiers publics. Alors vous écrirez à l'adresse que je vous ai donnée dans ma dernière lettre à Orléans, et vous réclamerez de plus un porte-manteau que je prie le concierge de la prison de leur envoyer; plus vous les prierez d'envoyer chez M""' Louvelle, marchande de modes rue Royale, demander six mouchoirs blancs que M™® Saint- Louis a remis à ses ouvrières pour me les ourler, et vous les remettrez à M™® Dairing (?)... C'est le dernier service que je vous demande et que j'espère que vous ne me refuserez pas.

Je vous recommande mon àme dans vos prières, et je vous prie de présenter mes respects à madame votre mère ; je me recommande aussi à ses prières.

P.-S. — Vous ferez répéter 120 livres qu'un nommé Grûnheiser, de Batzdorff, me doit pour un cheval que je lui ai vendu cet hiver. C est le fermier du curé à qui vous ferez bien mes complimens ainsi qu'à tous mes amis et parens.

o60 M. DE PIERREPOXT A M*"^^ DE FROTTEMANVILLE

8. — De M. François de Mojitjustin, capitaine au régiment de Cambrésis, à son frère, M. de Montjustin, à VesouL

[Ibid., no 42.)

Étampes. ce 6 août [sic) 1792.

Deux cents livres de viager à notre frère des Invalides, trois cents livres à celui de la cavalerie, le reste à vous. Je connois votre honneur et votre probité qui m'assurent l'accomplissement de mes vœux. Le sentiment de mon innocence est mon égide ; ce n'est pas un préservatif contre les préventions, mais mon courage et ma fermeté me sont un bien assuré contre tout événement. Si cela ne diminue pas les regrets de la perte d'un cœur qui a toujours été tout à vous et qui partageoit votre tendresse pour votre amie, votre consolation doit recevoir un motif dans ma sérénité.

Si fractus illal);itur orbis Impaviduni ft'rient ruinae.

Mille prospérités à la petite Céleste.

FiiANÇois DE Montjustin.

9. — De M. Charles-Louis de Pierrepont de Saint-Marcousl à M'"" de Frottemanville, à Valognes.

{Ibid., V 4427, n» 40.)

Étampes, 7 septembre 1792.

M. Tassin vous aura sans doute instruite de notre départ pour Paris. Nous avons séjour ici et venons d'apprendre que nous allons être transférés à Versailles. C'est là tout ce que je puis vous dire de certain. Je sais combien vous allez être afïligée, jusqu'à ce que je vous aie donné des nouvelles plus positives sur ma situation. Imitez-moi, soyez calme et tranquille. Il ne faut pour cela qu'écouter la voix de la conscience. Je me porte bien. Je souhaite ardemment que ces lignes vous tranquillisent un peu et suis et serai jusqu'au dernier soupir votre respectueux ami.

Mes amitiés âmes sœurs.

Pierrepont.

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