Du même au même
{Ibid., n" 15.)
Paris, ce dimanche [mai 1793].
C'est avec la plus grande vérité, mon ami, que je te dis que ta lettre de mardi, qui ne m'est parvenue qu'hier, samedi, m'a ôté de dessus l'estomac un poids de plus de cent livres... Ne recevant nulle nouvelle de Blois, j'étois inquiet et craignois tout ce que l'on peut craindre dans les circonstances où nous sommes et que les bruits publics font voir les Vandales au faubourg Saint-Michel. Donc Blois seroit diablement à l'étroit^ malgré toutes les précautions que tu me mandes que l'on prend, je doute qu'il puisse se défendre longtemps. De Tours à vous,
1. Radix de Saiule-Foy (voir plus haut, p. 140', fui bien arrôlé, mais non exécuté. Il fut libéré en brumaire au III.
2. Louis-Philibert Rouxel de Blanchelande, né eu 1735, ancien gouverneur de Saint Domin"ue, guillotiné le H avril 1793.
je ne vois que le poste d'Amboise tenable,en sachant roccuper, sur la rive droite de la Loire, et un fort retranchement fasciné sur la rive gauche pour conserver la navigation, du moins pour cette partie. Quant à Blois, gardez les chaussées du côté de Vienne Sfortiiiez votre pont, occupez les hauteurs des Groais-, gardez-vous de vous laisser tourner par la forêt, où de petits détachemens de volontaires arrêteront des corps entiers. Si l'on gagne la plaine du côté de Fossé, capitulez, mes amis ; mais comptez que, si l'ennemi gagne le Vendômois, comme il n'a rien de mieux à faire et que ces chefs qui ne sont pas des blancsbecs ne manqueront pas de le faire, je vous vois peu de moyens de défense sans murailles, sans artillerie. La prudence et la sagesse doit ménager le sang des citoyens, en se conservant lidèles à ses serments. C'est un point capital et dont on doit justement faire l'application. Au demeurant, je pense que, si le corps qui marche sur Tours, qui n'est que la tête de la colonne de la droite, parvient à s'en emparer, il vous négligera et se portera en force sur le Vendômois, pour se rapprocher de sa colonne du centre qui se dirige sur le Maine, que de plus, s'emparant de la Beauce, il nous affame. C'est la meilleure manœuvre. La colonne de gauche, qui paroît vouloir se joindre aux mécontens de la Normandie, gênera les subsistances du côté de la Seine, et si le malheur vouloit que ces vues militaires ne fussent pas dérangées par l'armée de nos braves Parisiens, je craindrois fort les suites de ce perfide noyau que l'on a attendu trop tard peut-être à pulvériser, et qui dans son principe eût été aisé à détruire...
En attendant, nous avons perdu le pauvre Dampierre^. 11 étoit le fds de mon ami, et je le regrette vraiment, car il étoit brave et vouloit bien faire. On l'a forcé d'attaquer. Il ne le vouloit pas. Il s'y est fait tuer; c'est l'action d'un brave militaire. Nous y avons malheureusement perdu 8 à 9.000 hommes...
J'attends des nouvelles de ta moitié. Dis-lui en attendant mille choses pour moi. Je crois qu'elle a de belles peurs. Tranquillise-la, en l'assurantquemons Gastonex... poitevin 'est