LETTRES DE M. DE LA BALMONDIÈRE A SA MÈRE ET A SA FEMME
(24 PKVRiEH — 19 jui.x 1793)
Notice. — Agitation de Paris, ou février 1793. — L'emprunt forcé. — Au Palais-iioyal. — La Révolution du 31 mai. — Montagnards contre Girondins. — La campagne du général Sanlei're dans l'Ouest. — Nouvelles des frontières et des colonies. — Eclios de la guerre de Vendée. — Famine à Paris. — La conspiration de Bretagne.
Jacques-Gonslant Tonduti de la Balmondière, né, vers 1751, à Louhans, avait servi dans le régiment de Monsieur-Infanterie jusqu'en 1783, époque à laquelle il se retira à Màcon avec le grade de lieutenant. Marié, en 1791, à une de ses cousines Marie-Reine Tonduti de la Balmondière, bientôt après père de famille, rex-gentilhomme n'avait pas cru déroger en essayant d'améliorer une situation de fortune que la Révolution avait rendue fort précaire, et, en 1792, il s'était fait marchand de vin. Muni de patentes en règle de commerçant et de colporteur, de passeports dûment signés et timbrés, il s'était mis en route au mois de mai 1792 et n'était revenu qu'après un voyage de plus de six mois, assez imprudemment entrepris à travers la Savoie, la Suisse et l'Allemagne.
Qu'avait fait La Balmondière pendant ce voyage ? Rien ([ue du commerce, à l'en croire. La commune de Màcon en préjugea tout autrement. Ces pérégrinations à l'étranger lui parurent ressembler terriblement a une émigration, et, à peine rentré. La Balmondière apprenait qu'il était inscrit sur la liste des émigrés de son département.
On était en novembre 1792. Il partit aussitôt pour Paris et commença des démarches en vue de sa radiation ; démarches imprudentes, intempérantes, qui n'aboutirent ([u'à le compromettre davantage. 11 avait saisi de son affaire les bureaux et même la Convention, représentant partout qu'ayant voyagé à l'étranger avec une patente et des passeports de négociant il ne pouvait, en droit, être déclaré émigré. Kt cet argument n'était pas sans poids. Mais la commune de Màcon ne désarmait pas. Klle !)rétendait maintenant faire état contre La Balmondière d'une prétendue lettre écrite par lui de Mayence à la municipalité, lettre injurieuse et où il tournait en dérision la nouvelle Constitution. L'original de cette lettre ne put, il est vrai, jamais être produit. Le district de Màcon était, lui, mieux disposé à l'égard du prétendu émigré, et ses membres conclurent en un long rapport ù la non-émigralion'. Mais La Balmondière avait contre lui deux députés de Rhône-et-Loire, Pressavin et Javogues, dont l'influence