Cf. Archives parlementaires, l. VIll,p
S.Jean-Augustin de Rulhières, lieutenant-colonel de cavalerie, nommé, le 31 octobre 1788, chevalier du Guet, et commandant de la Garde de Paris.
4. Bernard-René Jourdan, marquis de Launey, capitaine gouverneur de la Bastille, né en 1740 (F. Bournon, La Bastille, 1893, iu-fol., p. 94-95).
couru les plus grands dangers, sont venus sans avoir eu aucun succès ^ Une autre dcpulalion s'y est présentée avec un drapeau blanc et un tambour, et a l'ait le signal de la paix. On l'a laissé pénétrer dans une cour de la Bastille, et bientôt une décharge a fait tomber à leurs cotés des citoyens morts et blessés. M. Ethis de Corny - étoit de cette dépulation et en a rendu compte au Comité^. Nous sommes partis sans avoir entendu le résultat de la troisième députation ^. Mais, Messieurs, une heure avant notre départ, nous avons eu le spectacle le plus alarmant. Une partie du peuple, qui avoit été témoin des malheurs arrivé^ à la Bastille, s'est portée à l'Hôtel de ville, est entrée dans la salle du Comité, et a demandé à grands cris le siège de la Bastille.
« Dans ce moment, le Comité a jugé que notre départ étoit nécessaire, et que nous ne devions pas perdre un instant pour faire part aux généreux représentans de la nation la plus généreuse de l'univers de la douleur profonde de tous les citoyens de la capitale, et les prier de nous aider de leurs lumières et de leur patriotisme.
« Pendant l'intervalle qui s'est écoulé entre la députation vers le gouverneur de la Bastille et son retour à l'Hôtel de ville, plusieurs citoyens armés ont amené au Comité deux courriers, l'un chargé des dépèches du ministre de la Guerre à M. de Sombreuil % gouverneur des Invalides, et à M. Berlier, intendant de l'armée, l'autre chargé d'une lettre adressée au gouverneur de la Bastille ". Le peuple demandoit à
1. En réalité, celle dépiilalion, nommée vers 1 heure (composée de labbé Claude Faucliet, «l de MM. Jacques Delavigue, avocat au Parlemout, président des électeuis, Chignard, pi-ocureur au Cliâtelel, électeur, et Le Deisl de Boutidoux, député suppléant du Tiers pour la sénéchaussée de l'ioermel), fut la deuxième envoyée ii la Bastille par l'assemblée des ■électeurs. La première, partie vers 8 heures, élail composée de MM. Bellon, ollicier de l'Arquebuse, Billefod, sergent-major d'artillerie, et Clialon, ancien sergent des Gardes françaises.
(CHassin, op. cit.. t. 111, p. 515, 324, o20, et Flammernioiit, /.a journée du il juillet (789, 1892, in-8°, p. cxciv, ccix').
2. Louis-Dominique Elhis de Corny, né à Metz en 1738, avocat, subdélégué derinlendant «le Franche-Comté, commissaire des guerres pendant la campagne d'Amérique, acquit, en 1785, la charge de procureur du R»i de la ville. Il mourut eu novembre 1790.
3. Avec Ktliis de Corny firent partie de celte députation Francotay de Milly, premier secrétaire du par((uel de la ville, Beaubourg, le comte Piquod de Sainle-Uonoriue, ancien capitaine d'inlanterie, Boucheron, Coutaus, commissaire de police, de Jouauuon, capitaine de la Garde nationale. Voir le oouiple rendu de leur mission, lait jtar Ethis de Corn\,dans Chassin, op. cit.,l. III, p. 529-531.
i. Il est fait sans doute allusion ici k l'envoi d'une i|ua(rième dépulation, composée du major d'Rrmigny, de MM. de Villemcr et Moreton de Chabrillan, chargée de « représenter à M. de Launey la nécessité de se remettre avec la garnison dans la main de la Commune ». Mais presque au même moment où celle députation allait partir, ou ainionçait la prise de la Bastille.
■>. Charles-François Virot, nianjuis de Sojnbrcuil (17i7-1794), gouverneur des Invalides.
(i. Ou plulot de deux lettres de M. de Besenval adressées lune au gouverneur, M. de Lau-
A M. DE SAYIGNY o9
•grands cris l'ouverture de ces lettres. Le Comité esi parvenu à sauver la dépèche du ministre de la Guerre. Quant à la lettre au gouverneur de la Bastille, elle avoit été ouverte par le peuple qui a exigé que le Comité en fît la lecture. Elle contenoit ordre à ce gouverneur de tenir jusqu'à la dernière extrémité, et qu'il avoit des forces suffisantes pour se défendre, la dite lettre signée de M. de Besenval.
« Le dit procès-verbal signé de MM. Des Issards et Gaxilh ».
Nous délibérâmes, sur-le-champ, d'envoyer au Roy une seconde députation. Mais avant quelle fût partie, nous reçûmes les détails effrayans que je vais vous raconter. Le peuple, furieux 4n meurtre de citoyens qui demandoient la paix, s'est porté en foule à la Bastille. M. de Launey a fait baisser le pontet laissé pénétrer dans la première cour environ cent personnes. A l'instant il a fait relever le pont-levis et fait massacrer ceux •qui étoient entrés. Le peuple n'a plus gardé de mesures ; on a rompu les portes à coups de canons, et l'on est monté à l'escalade de toutes parts. On a pénétré dans la forteresse ; toute la garnison a été massacrée, excepté 17 invalides que Ion a conduits àlHôtelde ville. M. de Launey, gouverneur, et M. du Puget ', major de la Bastille, se sont défendus en désespérés. Après plusieurs blessures, ils ont été pris par le peuple et conduits à IHôtel de ville, et on leur a tranché la tête sur la place de Grève. Leurs tètes ont été promenées dans tout Paris au haut dune pique.
Une autre scène, non moins fatale, se passa pour lors à l'Hôtel de ville. Le peuple avoit saisi une correspondance de M. de Flesselles '. Cette correspondance annonçoit au gouverneur de la Bastille qu'il seroit secouru avant H heures. Une autre lettre disoit qu'il trouveroit le moyen de distraire le peuple jusqu'à cette époque. Le peuple monta au Comité, et vint présenter cette fatale lettre à M. de Flesselles ^ A l'instant, il
ney, Tautre au lieutenant de roi à la Bastille, M. du Puget ^Chassin, op. cit., t. III, p. o33 ; Flanimermont, op. cit.. p. 18.
i. Pierre- François de Rivière, sieur du Puget, lieutenant de roi à la Bastille en 1785, mort en 1807. 11 iie fut pas tué en effet comme le dit Sillery, mais -jut sortir de la Bastille sous un déguisement. (F. Bournon. op. cit., p. 99; Catalogue des manuscrits de la Bibliothèque de l'Arsenal, t. IX, Archives de la Bastille, par F. Funck-Breulano, p. 264.)
i. Jacques de Flesselles. né en 1721, maître des requêtes, successivement intendant de Moulins, de Bretagne, de Lvon. fut nommé prévôt des marchands, eu remplacement de M. Le Pelelier de Morfontainè, le 21 avril 17S!i (Chassin, op. cit., t. I, p. 307, t. 111. p. 35 et suiv.).
3. La saisie de lettres sur Flesselles est un fait qui paraissait déjà fort douteux (Cf. Flammermont. op. cit., p. ccxuv). J'apporte, je crois, uue nouvelle raison de le rejeter. Dans ses notes conservées au ministère des Colonies, jloreau de Sainl-Méry, alors pré-
s'écria qu'il étoit perdu. Le peuple le saisit sur-le-champ ; on lui tira un coup de pistolet dans la gorge, on le descendit sur les marches de l'Hôtel de ville ; on lui trancha la tète.
A peine ces deux nouvelles furent-elles entendues que des cris de douleur se firent entendre dans la chambre delà Nation. Un tumulte effrayant empêchoit la délibération. Je trouvai le moyen de me faire entendre, et je leur dis que cétoit au moment des proscriptions que les législateurs dévoient attendre en silence le sort qui leur étoit destiné.
Des détails, queje ne puis rapporter, m'inspirèrent ce peu de mots. Le tumulte en effet se calma, et la seconde députation partit et porta au Roy ces effrayantes nouvelles.
La première députation revint quelques momens après et nous apporta la réponse du Roy.
Elle étoit en ces termes :
« Je me suis sans cesse occupé des mesures propres à rétablir le calme et la tranquillité dans Paris. J'avois, en conséquence, donné ordre au Prévôt des maréchaux et aux officiers municipaux de se rendre ici pour concerter avec eux les dispositions nécessaires. Instruit, depuis, de la formation d'une garde bourgeoise, j'ai donné ordre à des officiers généraux de se mettre à la tête de cette garde, afin de l'aider de leur expérience et de seconder le zèle des bons citoyens ^ J'ai également ordonné que les troupes qui sont au Champ de Mars s'écartent de Paris. Les inquiétudes, que vous me témoignez siu' les désordres de cette ville, doivent être dans tous les cœurs et affectent vivement le mien - ».
La réponse du Roy à la seconde députation étoit :
sidcnl de rassemblée des électeurs, s'exprime ainsi à ce sujet : « Il est faux, dit-il, qu'on ail trouve sur Flesselles une lettre de Launey. Il allait au l'alais-Royal se justifier, disait-il. lorsque B. lui brûla la cervelle. Alors on lui coupa la tète. C'est le premier sur qui le peuple ait exercé ce trait de rage. Par imitation, on coupa la tète de Launey dont le cadavre était resté par terre devant l'Hôtel de ville » (Archives du ministère des Colonies, collection Moreau de Saint-iMéry, F^, vol. 140 bis, fol. .=)4).
Et voici ce qui a pu faire croire à la saisie d'une correspondance sur Flesselles. Le lo juillet 1789, François-Eloy Sausserotte de Raucourl, se présenta à l'assend)lée du district des capucius de Saint-Louis de la chaussée d'Anliu et lui remit le billet (|u'il avait, disaitil. retiré la veille delà main de Flesselles au moment où il avait été tué. Ce billet était ainsi conçu : n J'ay l'honneur de prier Monsieur le prévost des marcliands de vouloir bien faire entendre au Comité permanent do la ville le sieur Le Rouzve sur une indication importante et sur laquelle il paroit convenir de donner les ordres lés plus précis dans les dislricls. — Jannmn, électeur de Saint-Lcu, et l'un de messieurs les commissaires du député de la ville. — Le 14 juillet 178'J. » (Archives nationalcs.^Comilé des Recherches, D XXIXB 2^ doss. 2G). Il est là en original, ce billet, encore tout froissé, taché de sueur, arraché de la main de Flesselles le 14 juillet !
1. Voir les deux brevets de commandani et de major de la milice bourgeoise de Paris, donnés le 14 juillet par le Roi à M. le comte de Rrancion, maréchal de camp, et à M. de Cerquigny, dans Chassin, op. cit., t. III, p. oàO-.j.Tl.