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A M. DE BELLEJEAXT 79
tous les quartiers surtout le nôtre au centre de la ville, après quasi toutes les barrières forcées et brûlées, que nous avons j^gé prudent de sortir hier 13, à il heures du matin, de notre hôtel, à pied, par une grande pluie pour nous rendre chez Chanorier', et de là dans deux fiacres sans laquais venir à Croissy^ même sans malencontre sous ce modeste équipage, laissant nos gens faire des paquets pour venir nous joindre avec nos voitures le soir, ce qui s'est effectué sans accident.
Le tocsin sonné dans toutes les paroisses et la populace armée voulant piller partout, les bons bourgeois de Paris ont pris le parti de se réunir dans chaque quartier pour le salut de leurs propriétés, et malheureusement dans le nôtre ont pris la maison vide de mon fds ^ pour corps de garde et quartier de ralliement, en assurant qu'il n'y seroit rien dérangé. Même procédé dans toutes les rues, et patrouille exacte de leur part, ayant exigé que les rues s'illuminassent pour prévenir désordre et feu. Voilà où les choses en sont, mon cher Bellejeant, et mon fds ira demain prier ces messieurs de choisir un autre lieu et dire au lieutenant de police ' de lui faire rendre l'usage de sa maison, où nous ne retournerons pourtant que lorsqu'il y aura sûreté. Quel moment et quelle crise, dont les châteaux voisins et les provinces éprouveront peut-être à leur tour le triste fléau ! On a voulu piller le Palais-Bourbon, heureusement démeublé. Beaucoup de gens ont été tués et quelques soldats dans le trouble. Versailles est en mesure de défense avec canons et troupes. Le danger est qu'on en fasse usage contre Paris en armes. Qui peut prévoir dès lors comment ceci finira ? Vous savez le baron de Breteuil chef du conseil des finances ; M. de la Vauguyon, à la place de M. de jMontmorin ; le maréchal de Broglie, ministre de la Guerre et généralissime des troupes au nombre de 33 à 40 mille hommes. Les Etats généraux continuent leurs séances, mais non sans inquiétude. Plaignez, mon cher ami, des gens hors de leurs foyers et très désireux d'y rentrer lorsqu'ils le pourront en sûreté, les campagnes devant être plus menacées encore par cette populace effrénée et en armes, si l'on parvient à l'éliminer de Paris. Sans argent, sans confiance et le pain rare et cher, que de plaies à la fois !
i. J'ignore ce qu'était co M. Jean Clianorier, dont je n'ai pu retrouver que le prénom (Arch. nat.,T. Iti84, n" l29Sj.