MAI 4789 — -21 AVRIL
Notice. — Les EUls génénux. — Lafnort duDaoplmi; une visite à Meudon. — Laréumon des Irois Ordre». — Tumulte au Palais-Royal. — Le 14 juillet. — La mort de MM. FoolloQ el l&crii^. — Un séjoar à Versaillfs ea jiiiUel 1789 ; tristesse de la ville. — ComiseDcemfint de rémigralion. — Baisse des fonds et diminution de valeur des propriétés.
— Abolition des privilèges. — Les ateliers de chanté. — Aspect mor&e do la cafMtale.
— Paris le 5 octobre. — Le retour du Roi aui Tuileries. — Affaires de Belgique. — Coniplicilé du duc d'Orléans <ians les IroubUîs «l'octobre. — Assassinats commis dans Paris.
— Famine. — Plans de finances. — Confiscation des biens du Clergé. — Nouvelle divisioQ territoriale de la France. — Emeutes à Paris. — Suppression des pensions. — Affaire Farras. — AlTairs du chevalin de Rutledge. — Rassemblemenis séditieaK ans Cbamps-EIvsées. — Affaire Marat. — Séjour do la Cour à Saiut-Cloud. — Vols et crimes commis à f'aris. — La procession de la Félc-Dieu en 1790. — I^ Caisse d'Kseompte. — Démolition da monument de la place des Victoires. — Dépréciation continue des propriétés. — Préparatifs de la fête de la Fédération. — La fêle de la Fédération du 14 jutUfel 1790. — Aflaires des Ps> s-Baa. — Eucales à Paris. -» Démission de Necker (3 sep^embi» 1790). — Emission de 800 millions d'assignats. — Désordre administratif. — Déplorable situation financière du pars. — Manifestations à TOpéra. — Affaire de l'église des Théatina. — Le itui «mpôché de se rendre à Sainl-Cioud.
a M. Pestre, baron de Seneffe, et seigneur suEerain de quelques millionB. a acheté la survivance de M. Berlin , trésorier des parties casuelles. M. de Yeimcrange, ami intime du Contrôleur général, a été le négociateur de cette vente, et n'a pas oublié le pot-de-vin pour la nièce du ministre. Le millionnaire a offert 200.000 livres. M. de Veimerange lui a demandé le plus grand secret sur ce don, et il étoît essentiel pour lui, d'après le projet qo^l avoit de se l'approprier. Cependant la chose a été connue, et TimpoTtant aventurier a été chassé du contrôle général '. »
Voilà en quels termes, le 3 mars 1787, Fauteur de la Cerrespondance vecrèie note la naturalisation.... administrative, fort on vogue au temps de Necker, de ce financier, d'origine belge, dont je publie les lettres.
6a naturalisation, ou si fon veut son acclimatation en France, datait ééjù alors de quelques années. Nous le trouvons dès 1785 à Paris, où il achète de la Société des propriétaires du ci-devant hôtel Gonty trois maisons sises rue des Pouties. Un peu plus tard, il acquiert la magnifique terre de la Ferté-SaintrAignan, près Beaugency, ce qui joint à ses domaines de Seneffe et de Tumhout, aux Pays-Bas, lui compose une énorme fortune territoriale. Son « portefeuille » reste toutefois assez bien garni pour qu'en 1786 il puisse spéculer avec aisance sur 3i.500 actions de la
1. Correspondance teerèie publiée par M. de Lcscure, t. 11, p. 114-115^
i28 LETTRES DU GOUTE DE SBNEFFE
nouvelle Cîompagnie des Indes. Finalement, vers 1788, H réunit ses capitaux, se fait consentir d'importantes avances par ses parents de France et des Pays-Bas, et fonde une maison de banque internationale à Paris*.
Sa famille était assez nombreuse et assez bien posée dans le royaume, aussi bien qu'en Belgique, pour pouvoir l'aider puissamment. Né à Bruxelles, le 24 décembre 1757, de Julien-Ghislain de Pestre et d'isabelle-Claire Gogels, Joseph-François-Xavier de Pestre avait six frères ou sœurs. Ses deux frères, Jean-Baptiste-Paul- Julien, comte de Pestre et Hyacinthe-Julien-Joseph de [ Pestre étaient établis aux Pays-Bas, ainsi que deux de ses sœurs, dont
\ l'une Marie-Thérèse-Âmélie-Joséphine-Appoline avait épousé Charles-Pbi-
lippe-Joseph-Agalhon de Vinchant, comte de Gontrœuil, et dont l'autre I était encore jeune fille en 1789. Mais les deux atnées avaient réalisé en
France de fort honorables unions : la première Isabelle-Jacqueline-José- ] phine de Pestre étant mariée à Joseph- Pien-e-François-Xavier Foullon de
j Doué, fils du célèbre François Foullon, massacré en juillet 1789 ; la seconde
I Jeanne-Agnès-Oabrielle, à Antoine-Omer Talon, lieutenant civil de la ville,
] prévôté et vicomte de Paris.
Riche, bien apparenté, le comte de SenefTe était vite devenu, on s'en \ aperçoit au ton de ses lettres, tout à fait fiançais et parisien d'esprit et
d'allures. Ses relations ne s'étendaient pas seulement au monde de la finance, mais aussi au monde parlementaire et même à la haute aristocratie. Ses rapports avec M. de Lamberlie, avec le comte de Pardieu furent assez intimes pour lui permettre d'ébaucher des projets de mariage entre eux et sa jeune sœur, qui fut recherchée aussi par M. Mondot de la Marthonie, garde du corps du Roi. Fort galant, semble-t-il, auprès des dames, il avait d'ailleurs une maltresse richement entretenue, et qu'il devait traiter avec la plus aimable délicatesse, a Les femmes, en effet, écrit-il, non sans esprit, les femmes sont des roses quMl faut ménager. A les mener trop lestement, on les fane, et l'on en fait des gratte-culs ». Et si l'on ajoute que, suivant la mode même en ceci, le comte de Senefle faisait partie d'une loge maçonnique, la Loge des Amis réunis, on verra bien que ce Belge avait organisé son existence en France de la façon la plus confortable et la plus définitive.
Cette existence, la Révolution la bouleversa comme tant d'autres. Tout ce qui en faisait l'intérêt ou le charme : affaires, parentés, relations, amour, tout s'évanouit. Sa charge supprimée, de grosses avances faites ft l'Etat restant impayées, la crise terrible des assignats, la perte d'un procès contre la Compagnie des Indes, enfin, pour achever, la baisse des fonds, au moment de la fuite du Roi. acculent bientôt SenefTe à la ruine. Il jette successivement dans le gouffre qui se creuse ses maisons, sa belle propriété de La Forte, qu'il vend à la duchesse de Lorges. Ce sont lÀ sacrifices inutiles. Puis les rapports s'aigrissent entre lui et ses parents, inquiets d'une ruine prochaine et réclamant àprement leurs fonds. Il n'est pas jusqu'à l'amour auquel il ne lui faille dire adieu. Pendant que sa maîtresse, « à laquelle il ne peut plus être d'aucune utilité pécuniaire », «entre pour vivre au spectacle », pour échapper aux poursuites do ses créanciers, Seneffe quitte Parisen juillet 1791 et fuit à l'étranger.
S*engagea-t-il alors dans l'armée de Condé, et porta-t-il les armes contre la France, comme on le prélendit plus tard? Je ne sais. Lui s'en
1. Tous ces renseignements et les suivants sont tirés des registres de correspondance àm comte de SenefTe (Archives nationales, T* 1562'-*) et de son dossier d'émigntion (i^*^.,
défendit toujours, et nous n'avons pour le contredire que des rapports de police. Dans tous les cas , on signale son passage à Fribourg-en-Brisgau et à Sctiaffouze en 1792, et à la fin de cette année nous le retrouvons à Florence, où il réside jusqu'en 1796. Dés Tan IV. il fait une demande de radiation d'émigration. Puis la réponse tardant à venir, au mois de fructidor an V, il part pour la France, porteur d'une lettre de recommandation de Joséphine à Barras. Mais, en route, il apprend le coup d'Etat du 18 fructidor. Il écrit alors & Barras pour lui demander de s'intéresser à sa radiation et reste à l'étranger. On a peine dès ce moment à suivre sa trace. Il est à B&le le 22 fructidor an V ; le 23 frimaire au VI, à Hambourg, où il comparait devant Reinhardt, notre représentant dans cette ville. Le 14 floréal an Vil, le voici de nouveau à Florence, où il obtient des autorités françaises un passeport pour se rendre, par la Hollande, à Hambourg ! En messidor an VIH, il réside à Bologne. Et de partout, il proteste contre son inscription sur la liste des émigrés, confirmée le 23 brumaire an VIH ; il réclame sa radiation. Mais c'est seulement le 25 brumaire an IX qu'il est autorisé par le Premier Consul à rentrer à Paris, et à y demeurer sous la surveillance de la police. Le 19 ventôse an IX, il est dit « s'occuper dans la capitale d'affaires concernant l'administration des postes de Bruxelles et exister du produit de l'emploi qu'il a dans cette administration ». C'est la dernière pièce que je possède sur lui, et je n'ai pu découvrir ni ce qu'il devint ensuite, ni la date de sa mort.
Les lettres de Seneffe que je publie ne nous sont parvenues qu'en copie. Elles sont extraites de quatre gros volumes où, par une singulière fantaisie, il enregistrait jour par jour toute sa correspondance expédiée, aussi bien d'affaires que de famille et d'amitié. A côté donc des lettres de commerce et de banque, de l'aspect le plus rébarbatif, on en trouve d'autres adressées à ses plus intimes correspondants. C'est parmi celles-ci que j'ai fait un choix. Elles sont adressées à son oncle J.-B. Cogels, banquier a Anvers, à ses frères, Jean-Baptiste et Hyacinthe de Pestre, à quelques amis, mais surtout à ses deux sœurs. M»* de Gontrœuil, et M»« Foullon de Doué.
Cette dernière, jusqu'à la fin de 1791, habita Moulins, où son mari était intendant, et c'est là que lui sont adressées toutes les lettres de son frère. De Moulins la famille Foullon de Doué se retira ensuite à Saumur. puis, en juin 1792, passa en Angleterre. Au mois de novembre suivant, elle était en Belgique, d'où elle gagna Hambourg. M. et M-« Foullon et leurs six enfants y demeurèrent du 3 avril 1793 jusqu'à l'an VIH. Le frère cadet de M. Foullon de Doué, M. Foullon d'Ecotier, ancien intendant de la Martinique, était resté en France, où entre temps il avait été traduit devant le fribunal révolutionnaire, mais acquitté. En l'an VIH, il s'interposa en faveur de M. Foullon de Doué, faisant valoir l'horrible supplice dont, au commencement de la Révolution, leur père avait été la victime ; si bien qu'en l'an IX, l'ancien intendant de Moulins obtenait sa radiation de la liste des émigrés et même, je crois, la levée du séquestre mis sur la terre de Doué*.
La famille se trouva ainsi réunie dix ans après l'époque des lettres que l'on va lire, mais après quels orages et quelles vicissitudes î
Archives oationalct , dossier FooUon de Doué, F^ 5630.
( comte de Seneffe à M, Jean Ozt/j à Rotterdam.
(Archives nationales, T* 1562«, p. 348.)
Paris, le !•' mai 4789.
Etats généraux, Monsieur, ont été remis au 4 de ce uverture paroît en rester fixée à cette époque, malgré les députés ne seront pas encore en état d'y assister. le de cette ville a voulu faire du bruit et, s*étant ameunmis quelques désordres ; les troupes ont opposé la violence, et une douzaine des plus mutins ont été ou ndus*. Tout est très calme maintenant... mneur...
9ti même à la comtesse de Gofitrœinl, sa sœw\ à Louoain.
(/ôirf., r 1502', p. 7).
Paris, le 5 juin 1789.
de neuf ici, ma chère sœur. Les Etats généraux sont ncés à présent que le jour de Touverlure. La grande le délibérer par ordre ou par tête étant toujours itidéne se fera jusque-là, puisque les Etats ne se sont pas istilucs. On dit que le Roy ne peut prononcer sur cet a Noblesse ayant protesté qu'elle n'adhéreroit pas à par tétc, il est clair que, si le Ïiers-Etat ne veut pas xif^c l'opinion par tête, il faudra que les députés se Hinitivement sans avoir rien fait que de ridicules proqui ne guériront ni les plaies de l'Etat, ni le malheur ms.
jhin est mort hier ^ Les spectacles ont été interromîures partout, et on ne sait quand ils reprendront. On e la Cour va partir pour Marly. On craint ce voyage 3quel se font ordinairement les changemens minis-
i l'afTairc Réveillon (Voir plus haul, p. 7, 48). haut, p. 48, n. 1.
A M"* KLOIZ
Paris regorge dans ce moment d'étrangers, dont on déjà que faire et dont on va se trouver plus que jamais ( rassé.
Adieu, chère sœur, je vous embrasse.