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A LA COMTESSE DE GONTROECIL

tranquillité. Les maux de la liberté sont bien vrais ; et s'ils peuvent procurer un bien, c'est pour les générations suivantes. Vive la Turquie ! Quoique TEmpereur la frotte, ils ont au moins quelques endroits pacifiques parmi leurs provinces, et la guerre n'y est pas partout.

Le Roy est toujours à Paris. 11 avoit pensé d'aller à la chasse. On lui a remontré que c'étoit vouloir bientôt quitter Paris. Chez l'étranger, ce séjour est regardé comme une prison pour lui.

Adieu, ma chère amie, viendrez-vous ici nous voir.

25. — Du même à la comtesse de Gontrœuil^ sa sœur, à Louvain.

Paris, 18 octobre 1789.

Je me réjouis sincèrement avec vous, ma chère amie, des nouvelles que vous m'annoncez. La seconde me fait encore plus de plaisir. On a bien fait de disperser la nuée avant qu'elle puisse lancer des exhalaisons, et la douceur qu'on y a dû mettre étoit de tous les événemens le plus heureux à mes yeux^

Nous sommes ici sans lois et môme sans Roy; car on ne peut regarder comme chef d'un royaume un premier sujet qui est prisonnier, ou autant vaut, dans la capitale. Le duc d'Orléans est violemment soupçonné d'être auteur des troubles et surtout de la dernière révolution. H est parti, le 14, au matin, sous prétexte d'être chargé d'une mission étrangère. Les papiers publics disent et on croit que Monsieur le duc d'Orléans est appelé au stathoudérat des Pays-Bas autrichiens par les habitans de ce pays qui veulent secouer le joug de la maison d'Autriche ^ Tant y a, que l'on assure que nous ne sommes pas à la fin des troubles, qu'il doit en survenir de nouveaux et de nouvelles révolutions...

i. Allusion i la répression des troubles des Pajs-Bas par rAulriche.

2. Sur la mission du duc d'Orléans en Angleterre, cf. plus haut, p. 27. 11 semble bien

r. comme le dil M . Sorel (op. et/., t. II. p. 56), on ail cherché à intéresser l'ambiliou due d'Orléans à la révolution de Belgique. « Si les provinces belgiques doivent ckan< grr de maître, disaient les instructions données au prince, le Roi aimera de préférence «celles aient un souverain particulier. Il est possible, ajoutait-on, que le résultat tourne à lavantara personnel de M. le duc d'Orléans ». {Mémoire pour tervir dHnatruction à •*». A. n. Mgr le duc d'Orléatif allant à Londre» de la part du lioi, 13 octobre 1789, ctlé par Sorel, op. cit., t. II. p. 56.)

Donnez-moi des nouvelles de tous vos maux en ique. Adieu, ma chère, je vous embrasse de. tout mon coBur.

21 octobre.

Nous étions ici assez tranquilles depuis quelques jours. Mais le manquement de farine et de pain cause aujourd'hui de nouvelles émeutes. On a pris des boulangers qu'on a menés à la Ville. On vient de couper la tête à l'un d'eux sans forme de procès et on l'a promenée*. Je vous assure que tous nos momens sont pris par des alarmes qui se renouvellent toujours. Quand verrons-nous l'Iieureuse tranquillité redevenir notre souveraine?..

26. — Du même cm comte J.-B. de Pesire, son frère, à Bruxelles,

{/bid., p. 93-95.)

Paris, 21 octobre 1789.

... Le manquement de pain s'étant fait sentir fortement, il y a encore du bruit, et vous êtes bien heureux d'être à Bruxelles. Je vous conseille de n'en sortir que pour de tr(\s foHes raisons. On passe ici sa vie dans de cruelles agitations ; et, par-dessus le marché, on ne laisse plus sortir personne de France sans passeports ni avec passeports. Lorsque les voilures arrivent à Cambrai ou Valenciennes, on les fait rebrousser chemin, en (lisant qu'il ne faut pas sortir de France ; ainsi les passeports ne servent plus de rien. A ceux qui insistent très fort, on envoie" un exprès à Paris pour y taire confirmer l'ordre de la Ville, et pendant tout ce temps juscpi'au retour de l'exprès on les tient prisonniers. Vous conviendrez que tout cela n'est pas ag-réable. Au rcsle, on y laisse entrer sans difficulté.

1. Le boulaii^fcr François avail rlt^ pendu, puis décapité le 21 oclobre par François BUu. porteur de sacs ^ur le porl au hï>\ Joseph Adveuel, doreur sur métaux, et liicbcf Afilrîea gagne-denier (S. Lacroix, op. cit., t. IL p. ST.").)

u Une femme a traîné ce Itoulun^er hor» de la salie de la Commune, l'a mené à la lanterne, lui a cUe-méme jjassé la corde au cou, et un homme monté sur le fer l'a hissé. Puis on lui a froidement coupé la télc, qu'on a lavée, pei^-uée ; on la placée au bout d une pif|ue, on l'a couverte d'un bonnet de coton, on a attaché sa veste sous le col, et oa Va. dans cet étal proiaettée dan!« tout Paris. Le peuple vouloit môme entrer aux Tuileries pour f*ire voir celle Léle au Uoi. Heureusement qu'on a eu le niomuul de tourner le pont et d'empècker do pénétrer. Il est arrivé au comte Auguste de la Marck un événement afireux. D alloil ômtis son carrosse à 1 .Xsseaibléc. 11 a été reneoulré par ceux qui portoieiil cetle tèl« ; ils la lui ont présentée par la portière, et lui ont demandé de l'argcnl pour ceux qui l'aroieiiL coupée. Il leur a donné an loui»^ et iU l'ont lats«é conliuucr sa roule •. {Journal dWdrivn Duque*- H"y, i. I, p. 457-458;.

A M. J.-B. COGBLSl 155

24 octobre.

... Nous sommes ici assez tranquilles depuis hier. Peut-être ne le serons-nous plus demain; car on ne sait en vérité sur quoi compter, lorsque les têtes sont montées au point que la plus petite circonstance peut causer une émeute. Le Roy a été vivement peiné du dernier tumulte dont le boulanger a été victime innocente. Au reste, les États généraux sont assemblés ici à TArchevêché et doivent aujourd'hui prononcer sur les possessions ecclésiastiques, qui, je pense, vont être déclarées appartenir à la nation. Le duc d'Orléans paroît être coupable d'avoir suscité une partie des désordres. Il transpire un écrit qui le compromet beaucoup. Au reste, comme tout s'écrit et s'imprime ici au moment même que les choses se passent, vous devez être peu surpris que vos amis ne vous en écrivent pas...

Adieu...

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