LE MARQUIS DB MESMON A SA FEMME
T eut-il là une vengeance ? Je le croirais volontiers au ton d'indignation emportée sur lequel le marquis parle, bien des années après, des épouvantables calomnies dont il a été victime, d'après aussi les mesures contradictoires qui suivirent cette terrible affaire. Le 29 août, une lettre de cachet ordonnait à Mesmon de quitter Versailles ; cette lettre, une autre la révoquait le 23 octobre, l'autorisant à séjourner où il voudrait ; une troisième enfin, du 4 novembre, l'exilait définitivement en son château de Mesmon, dans les Ardennes*.
Quoi qu'il en soit, l'avenir de cet homme de trente-cinq ans semblait à tout jamais compromis. Et à ce chagrin s'en joignit un autre : une brouille à peu près complète avec sa famille, avec sa mère, son frère aîné Godefroy, marquis de Romance, aussi lieutenant aux Gardes françaises, et ses deux sœurs, dont l'une Marie-Élisabeth avait épousé Alexandre-François- Marie Le Filleul, comte de la Chapelle, lieutenant aide-major aux Gardes françaises, et l'autre Marie-btiennette-Eulalie, Charles-Louis, comte Desnos, colonel du régiment du Mans.
Pourtant, Mesmon ne crut pas impossible de refaire sa vie. Pendant six ans, il se confina dans ses terres, y menant l'existence la plus sérieuse, la plus digne, la plus inattaquable. Occupé des soins de son domaine, des améliorations qu'il réclamait, soucieux aussi du bien-être de ses paysans, toujours prêt à les secourir dans leurs misères, il nous apparaît comme le type accompli de ces gentilshommes campagnards, que j'ai essayé ailleurs de réhabiliter. J'ai retrouvé dans ses papiers la liste écrite de sa main des plus malheureux de ses « manants ». On y peut voir avec quelle générosité il s'empressait à soulager leurs infortunes. Cependant il employait ses loisirs, à écrire Vlnlroduction à Vhistoire de la guerre du roy de Prusse contre V Impératrice en 1756, dont par une rigueur peu généreuse le Garde des sceaux interdisait la circulation dans le royaume.
Tant de travaux courageusement entrepris, tant de peines vaillamment supportées, finirent toutefois par avoir leur récompense. Il semble bien d'abord que la défense à lui faite de quitter Mesmon fut levée, car nous le trouvons à Paris en 1786 pour ses affaires. Ensuite, il parvint à fléchir sa mère qui, prenant enfin pitié de lui, s'occupa de le marier et s'intéressa très activement à son union avec Marie- Josèphe-Guillaine de Baynast, fille d'Alexandre-Honoré de Baynast, marquis de Se ptfoo laines. ^
ancien lieutenant de carabiniers, et de Louise-Jeanne, née comtesse de [%
Trécesson, habitant au lieu de Séry * (1787). Le marquis de Mesmon pouvait -^
espérer que ses infortunes touchaient à leur terme.
Mais il a>ait affaire à forte partie : à l'opinion publique, qui lui restait défavorable, à son frère et à ses deux beaux-frères qui ne désarmaient pas. Quoique fort riches les uns et les autres, ceux-ci avaient songé à faire déshériter Mesmon par sa mère, et le rapprochement qui s'était opéré les froissait à l'égal d'une injure. Ils mirent tout en œuvre pour amener une séparation entre la marquise douairière et son second fils, et - j
en 1788-1789, le chagrin et les inquiétudes d'une brouille avec sa mère ^i
menacèrent de nouveau Mesmon. îï
La marquise de Romance, fort âgée alors, semble avoir eu un caractère '^'^
facilement influençable, mystique, malheureux, et méfiant. « Ma chère ^
t. Cet renseignements et ceux qui suivent sont tirés des cartons T 51 et 929*-* des >
Arehires nationales. '^