‹ Lettres d'aristocratesChapitre 23 sur 541 · Dii même au même · texte numérisé non relu

Dii même au même

{Ibid., n« 67.)

Paris, le 29 août 1789.

Si vous aviez pu prévoir les événemens, mon cher Saint-Luc, vous ne vous seriez pas pressé de donner connoissance de vos titres au sieur Ghérin », qui va être en vacances pour longtemps. L'ardeur de monter dans les carrosses se ralentira à coup sûr, et les cerfs exterminés n'offriront plus le plaisir de les forcer.

Les sieurs Bordier et Jourdain, le premier comédien aux Variétés, le second avocat normand et ruiné, ont figuré à un gibet à Rouen '. Les lettres de cette ville annoncent qu'ils ont été suppliciés pour s'être montrés les plus redoutables à la dernière émeute, et qu'ils ont beaucoup jasé avant de mourir. Nous attendons le procès imprimé de ces deux vauriens. Il ne sauroit être trop public. On a sollicité inutilement la grâce de Bordier. La prévôté normande a fermé l'oreille à l'intrigue et s'est débarrassée de deux coquins. On verra par la suite ce qu'on fera de leurs complices, car on ne doute pas de leur nombre. Mais ils ne seront pas tous traités suivant leur mérite.

L'Assemblée nationale n'a rien arrêté concernant la gabelle.

1. Coailly, arr. do Meaux, canton de Crécy-en-Brie (Seinc-el-Mamc).

2. Loott-Nieolas- Henry Chérin, conseiller à la Cour des aides, commissaire pour Texéculân de* jugements et autres actes concernant la noblesse, généalogiste des ordres du Roi, aé eo 1763. ï\ devint général et fut tué en 1799.

1. François Bordier, âgé de vingt-neuf ans en 1789, comédien des Variétés, élève de l'Aca- Hmi^ d« musique, demeurant à Paris, rue Saint-Nicaise, e( Thomas-Cliarles Jourdain, âgé h tnnte-hult ans, avocat au parlemeRt de Paris, habitant ordinairement Lisieuz, furent atrètés le 5 août. Ils étaient accusés c de s^ètrc transportés à l'hôtel de Tlntendauce de K««en dans la nuit du 3 au 4 août à la tèle de séditieux... de les avoir excités par leivs Bsovais discours... à faire des perquisitions de la personne de rinlcndant, de s'être transportés de là à l'Hôtel de ville... d'y avoir fait de nouvelles recherches de la personne de l'Inten- 4>a(... d'avoir recommencé le lendemain le mdhie tumulte à l'Intendance et aux Jacobins... éi s'être vantés de couper la tèle à l'Intendant et de la porter à Paris... » Ils furent coutenés à mort et pendus le 21 août (Archives nationales, DXXIXb ,1). L'Intendant de Rouen était en 1789 M. Blienïie^Tfaomas de Haussion, seigneur de Jambeville et FrémainnUe. goillotiné en 1794.

La fraude a réduit le sel à S ou 6 sols dans bien des provinces, où on le vend publiquement. 11 est à 13 sols à Paris, parce qu'on veille aux barrières. Le pain continue à y être à 12 sols les 4 livres ; mais depuis quinze jours il est très mauvais, et n*en a pas qui veut. 11 n'y a point à dire, mon bel ami, il faut consommer le reste des farines qui font partie des 25 millions avancés par le gouvernement. Je ne crois pas que Bertier, le décapité, ait eu part à ce dernier envoi contre lequel notre estomac rechigne. Si celui-ci parloit au lieu d'articuler coin, coin, il exprimeroit énei^iquement mauvaise farine, de quelque part qu'elle nous vienne.

La santé de M. Necker Ta empêché de se présenter mercredi* à l'Assemblée nationale. Il y a envoyé par écrit le projet d'un emprunt que Ton dit devoir être de 80 millions à 5 p. 100, en offrant aux créanciers de TKtat de prendre pour comptant ce qui leur est dû d'arrérages qu'ils pourront placer en capitaux*. L'emprunt de 30 millions voté par l'Assemblée' n'est pas rempli, parce qu'il a été fixé à 4 1/2 p. 100, et que sur la place on trouve des effets à 8 et 10 p. 100 de perle. Les bourses se resserrent à mesure que l'on a le plus pressant besoin de les ouvrir.

Les provinces ne payent que peu ou point du tout. Apparemment que l'on y a connoissance des droits de l'homme que l'on traite à l'Assemblée nationale, et que l'on y comprend celui de ne rien payer à l'État. Tout ceci ne finira pas sans un grand mécompte.

Vous êtes dans l'erreur si vous croyez que les commettans de nos députés n'approuvent pas l'abandon total de nos privilèges. Les Etats prochains de la Bretagne seront constitués comme ceux des autres provinces, deux contre un, et cet un se taira, ou sera assassiné par les deux ; si ce n'est dans les personnes, ce sera dans les châteaux. Vous voyez ce qu'ailleurs éprouvent les opposans. Ainsi donc, point d'autre alternative : consentez ou soyez brûlés, à cause de la liberté plénière, ô gué ! liberté plénière... Vous aurez les neuf couplets, sans vous faire grâce d'aucuns. Le traité complet et très métaphysique des droits de l'homme est enfin terminé. Si on avoit commencé par faire connoître les devoirs de l'homme envers la société, il ne seroit pas arrivé tant de désastres en France.

1. 26 août. Cf. Uletlxe d>xcuse de Necker dans les Arch.parl., t. VlII. p. 4S9.

î. Cf. le Mémoire envoyé d FÂSiemblée nationale par M. Necker, directeur général fUi finance*, daté du 27 août 1789, dans Ârch. pari., t. VIII. p. 493-497.

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