‹ Lettres d'aristocratesChapitre 244 sur 541 · A M. DE GIVRY · texte numérisé non relu

A M. DE GIVRY

nouvelle Jeanne d'Arc avoit fait venir à ses frais deux petits canons de Marseille. Le bruit s'étant répandu que les brigands arrivoient pour saccager la ville, elle dit à un vieux militaire qui se trouvoit alors chez elle : « Nos défenseurs sont sans chefs, ils se feront massacrer sans aucun fruit ; vous devriez pour le bien de votre patrie vous mettre à leur tête. » Cet officier allégua son âge, ses infirmités qui le mettoient hors d'état de commander des troupes. « Hé ! bien, je les commanderai »), s'écria-t-elle, animée d'un courage au-dessus de celui qu'on attribue à son sexe, « je me sacrifierai, je mourrai, s'il le faut, pour sauver mon pays ! » Le vieillard attendri, effrayé en même temps des risques qu'elle alloit courir, lui jura qu'il mourroit aussi à ses côtés, s'il ne pouvoit lui sauver la vie. Cette femme courageuse, accompagnée du vieux militaire, va offrir son secours aux défenseurs de Garpentras. Ses propositions sont reçues avec reconnoissancc. Elle fait transporter ses canons à l'endroit de la ville que les brigands sembloient vouloir attaquer, et au moment de leur arrivée les salue de plusieurs coups de canons qui font tomber quelques-uns d'entre eux. Les autres effrayés se retirent dans les bois, fort en désordre. L'officier la prévint que les ennemis reviendroient sûrement et que l'attaque serenouvelleroit. Mais comme l'armée des bourgeois étoit bien moins nombreuse, on ne pouvoit pas penser à se battre en rase campagne. H fut donc résolu de mettre des troupes en embuscade. Elles y restèrent jusqu'au point du jour. Jeanne d'Arc (j'ignore quel est son véritable nom) ayant alors aperçu les ennemis qu'elle avoit attendus jusqu'à ce moment, s'étant promenée toute la nuit sur un petit monticule près de l'endroit où ses gens étoient en embuscade, donna le signal, et l'armée des brigands fut à l'instant massacrée. Cette femme est âgée de 42 ans...

J'ai remis votre lettre à M. de Villeneuve. Il m'a trouvée extrêmement favorisée de recevoir une lettre de vous, tandis qu'il vous a vu répondre au mois de décembre à des lettres de bonne année. Quoi qu'il en soit, je vous demande de me traiter toujours de même. J'aime les distinctions ; mon humeur est un peu aristocratique. Je ne dis pas ce que je vous souhaite, mon cher oncle ; le détail en seroit trop long. Croyez seulement que je vous aime toujours.

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