‹ Lettres d'aristocratesChapitre 333 sur 541 · LA DUCHESSB DE SAULX-TAVANNES · texte numérisé non relu

LA DUCHESSB DE SAULX-TAVANNES

quoique ce soit un bien qui se fasse sentir vivement dans ce moment. Je voudrois bien, ma chère petite, que vous vinssiez le partager avec moi ; il me semble que vous avez plus besoin que personne de le rechercher, car je doute que vous en jouissiez à Paris, où vous serez malheureusement retenue longtemps, si vous ne prenez le parti de vous en éloigner avant vos couches. Je crois qu'il est toujours bien fait de se mettre à l'abri de la frayeur, soit qu'elle soit fondée ou non ; je vous avoue que je ne sais si elle doit l'être. L'opinion générale dans ce pays est très conforme au parti que je voudrois vous voir prendre. Je n'ose encore trop m'y livrer, mais cependant il est sûr qu'il y a beaucoup de probabilités.

Nous avons ici beaucoup de société, peut-être trop. Les personnes de la ville tiennent de fort bonnes maisons et sont d'une telle honnêteté pour les Françoises qu'il est difficile de se refuser à leurs avances et de ne pas aller beaucoup dans le monde. Les loyers et la nourriture ne sont pas chers ; cependant le prix en augmente par la grande quantité de monde. Le peuple de ce pays est contenu par la présence des troupes qu'il est difficile de corrompre, car elles n'entendent pas un mot de françois. Mais la disposition des esprits est toujours la même, et l'on croit que l'on ne néglige pas le soin de l'entretenir. La division et l'animosité des différens partis rendent, à ce que l'on dit, le séjour de Bruxelles peu agréable et la société à peo près nulle avec les personnes du pays. L'archiduchesse doit y arriver incessamment. Elle apporte avec elle toutes les lettres de grâce. On croit que M. le comte d'Artois y viendra. Je crois que cela ne sera que dans le cas où son voyage à Vienne aura eu du succès.

Je ne sais pas du tout où est M. de Tavannes*, et comme je ne sais où il faut lui écrire, ni lui à moi, nous resterons probablement longtemps sans entendre parler l'un de l'autre. Il m'a mandé, il y a quelque temps, qu'il alloit faire quelques petits voyages, sans me dire dans quel pays. Ainsi, j'ignore s'il est en Angleterre, en Suisse, en Italie... Cette ignorance n'annonce pas un ménage très parfaitement uni ; mais il faut bien, ma chère petite, prendre les choses telles qu elles sont et tâcher d'en prendre son parti le mieux possible.

Adieu...

1. Charlcs-Marie-Caâiniir de Saulx. duc de SauU-Taraoaes, mari de Tantoar de celtr Icllrc.

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