‹ Lettres d'aristocratesChapitre 372 sur 541 · Du même av même · texte numérisé non relu

Du même av même

(Ibid., n« 97.)

Paris, le 13 mai 179i.

Le bruit se répand qu'une partie de nos armées est en insurrection contre ses chefs et prête à se débander. Si ce malheur arrive, les villages, bourgs et petites villes seront [mis' aa pillage par les bandes qui nécessairement se formeront et n'auront pas d'autre moyen de subsister que le vol.

Les denrées de première nécessité montent à des prix exorbitans. La viande à Paris est à 12 sols pour les maisons fortes en consommation ; mais les petits ménages la payent 13 à 14 sols la livre, et le mouton 18 sols. Les garçons boulangers exigent une augmentation de salaire, et prétendent ne recevoir l'assignat de cent sols que pour 3 livres. Tous les ouvriers suivent le même exemple. Mais quelque fâcheux que cela soil pour les autres métiers, pour celui de boulanger cela tire bien plus à conséquence et fera monter, à ce qu'on craint, le pain.

La police, la garde est nulle. On vole et on assassine dans Paris comme dans un bois, et passé 9 heures du soir le boule-

1. Nicolas, baron de Luckncr ((722-1794), maréchal de France.

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vard et les quartiers voisins sont des coupe-gorges. Le vin, le bois, les légumes, tout monte et est hors de prix ; et pendant ce temps-là, c'est la mer à boire que de toucher ses rentes. Les intérêt dus par l'Etat ne se payent point, et à l'exception des gros épiciers qui ont fait en huit jours des fortunes immenses sur le sucre et le café, tout le monde tire la langue d'un pied, d'autant que les remboursemens se retardent et que les assi- ^ats ne s'écoulent plus. Les banqueroutes vont leur train, et le taux de l'intérêt des assignats, que l'on place avec beaucoup de risques, devient de jour en jour plus haut. Il paroît que, dans 15 jours ou trois semaines, nous sommes dans le cas de nous attendre à une invasion terrible sur la pauvre France, et cela au midi par l'Espagne, au levant par le Piémont et la Savoie, les Suisses et une partie de l'Allemagne, et vers le nord par la Prusse, lesCercles, l'Empire, la Hollande, la Russie, etc.. On dit aussi que l'Angleterre arme contre nous. Pour répondre à plus de 300.000 hommes, nous avons de mauvaises troupes toujours en insurrection, sans discipline, manquant, à ce qu'on dit, de tout, avec des troubles dans l'intérieur, et des régimens entiers passant continuellement aux émigrés, qui par ce moyen doivent être plus de 30.000 sous les armes. Ce qui est encore fait pour nous laisser peu d'espérance, c'est que les troupes étrangères ont pour la plupart fait la guerre des Turcs, et joignent la discipline et l'obéissance la plus passive au courage et à la vivacité des évolutions. La preuve en est ce que nous avons éprouvé depuis le 29 avril, en trois ou quatre rencontres... Le ministère, qui change tous les jours, vient de chasser les administrateurs des postes, dont les Jacobins se plaignoient, et leur a substitué quatre premiers commis. On croit que la cause de ce changement est la résislance des administrateurs à la violation du secret des postes, et que, d'après cela, il n'y aura plus de répandu que les nouvelles flatteuses; sinon, point. C'est vraiment un moyen de receler la connoissance de nos désastres, si nous continuons à en essuyer, et d'entretenir plus longtemps la confiance du peuple.

L'Assemblée a rendu hier un bien étrange décret pour un siècle qu'on prétend de lumière. C'est la brûlure de la collection magnifique de tous les titres et généalogies de la noblesse, à la tête de laquelle avoit été M. Ghérin *. C'est une terrible atteinte à la propriété ; car enfin un gentilhomme, à qui les nouvelles lois de son pays ne conviennent pas, ou dont le

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