‹ Lettres d'aristocratesChapitre 374 sur 541 · Du même au même · texte numérisé non relu

Du même au même

(/(>id.,n'96.)

Paris, le 4 juin 1792.

. . . Vous avez parfaitement fait de vous rendre à toutes les invitations et instances qui vous ont été faites de dîner dans la rue pour plus d'une raison : i* parce qu'apparemment il ne pleuvoit pas ; 2° parce que tout ce qui peut tendre à la conciliation et à la paix, ne fût-ce que pour quelques semaines, ne doit pas être négligé par un homme raisonnable. Tous ces hauts et ces bas montrent combien les mouvemens sont irréfléchis et précipités dans un grand nombre de gens rassemblés. La faveur comme la fureur sont des coups de girouettes ; pour parer à la dernière, il faut que l'homme sage ait Tair de priser beaucoup la première et môme d'y faire fonds comme sur quelque chose de stable.

J'ai lu, hier, dans un des petits journaux du soir, qu'avanthier, dimanche, la députation de Château-Renard avoit fait à l'Assemblée des plaintes contre un M. Langlois, vicaire, et ses satellites arrêtés par ordre et lâchés depuis contre toute police par les juges de Montargis et revenus narguer et menacer les corps administratifs de Château-Renard et la liberté des citoyens, MM. Blondel et Roulx des Florins, orateurs*. Cette séance et celle d'hier ont eu des objets plus intéressans. 11 y a été fait des dénonciations dans tous les sens et de tous les airs du vent et contre l'univers: MM. Chabot S Bazire',

\. Dénonciation faile par M. Charles-Claude-François Blondel, juge de paix du eu»ton de Château- Henard, contre le sieur Morisset, directeur du jury lArch. parl.,9éaace du 2 juin, l. XUV. p.491).

2. Françoin Chabot {1757-1794), élu membre de rAssembléc législative par le départemeut du Loir-et-Cber.

3. Claude Bazire (1764-1794). député de la Côte-d'Or à la Légi^laUTe.

Isnard *, Gensonné -, etc.. contre un vrai ou prétendu comité autrichien prouvé par des lettres anonymes et quelques expressions de lettres écrites il y a trois ou quatre mois, enlin par la générosité du Roy d'avoir conservé à sa garde, que l'Assemblée lui ôte, ses appointemens ; d'autres membres ont dénoncé MM. de la Fayette et de Rochambeau ^ ; enfin d'autres, M. le duc d'Orléans, le ministre Dumouriez*, Bonnecarrère *, etc.. le diable. C'est la Tour de Babel ; on n'y entend rien. Les poissardes viennent pendant ce temps-là danser dans la salle en rond, et l'on crie Ça ira et Vivent les Sans-Culottes, au milieu de la séance. Pendant ce temps, les nuées s'amoncellent autour du malheureux royaume, et les étrangers dont nous sommes exactement cerclés attendent patiemment la réunion de tous leurs grands corps qui s'approchent pour frapper tous à la fois, et notre faiblesse ne nous permet pas de les troubler avant qu'ils soient réunis.

Les ordonnances de police sont que les boutiques soient ouvertes jeudi prochain • comme à l'ordinaire, que personne ne soit tenu de tendre, et permission aux curés de faire ou de ne pas faire leurs processions. Voilà l'état de la capitale. Les François sont fous et fous furieux... Les forcenés parlent horriblement du Roy et de la Reine, et les menacent journellement. Us n'ont plus de gardes, les pauvres malheureux I

Je suis...

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