Du même au même
Paris, le 26 février i71
J'ai recules quittances, Monsieur, que VOUS m'avez adi par duplicata. J'espère qu'elles pourront passer, quoi( ne remplissent pas avec exactitude ce qu'on exige ici, q
1. Louis-Michel Le Pelletier de Sainl-Fargeau (1760-1793), président à morliei ment de Paris, député de la noblesse aut Etals, député à la Convenlion, a 20 janvier 1793 par Philippe-Nicolas-Marie de Paris (1763-1793) qui faisait pa Garde constitutionnelle de Louis XVI.
M. FOUGBRET
détail des différentes impositions. C'est une des merveilles de notre fiscalité actuelle de compliquer si étrangemeniles choses qu'au-dessus d'une somme peu importante et pour laquelle on exige peu d\i point de formalités, il est presque impossible de recevoir ses rentes, remboursemens et pensions ou traiiemens.
Je vous envoie ci-joint un reçu de 30 livres pour valeur de la quittance de Riffaut que vous m'avez fait passer. Si Tétai de sa femme mettoit réellement ce malheureux hors d*étai de subsister et qu'il eût désir d'être remboursé du capital de cette rente, il seroit juste de la lui rembourser et je m'y pi^terois sans difficulté.
Informez- vous de nos drapiers s'ils auroient des pièces de drap à vendre. Je pourrois les faire venir ici et les leur faire payer au comptant en livrant et cela par mes mains. On prendroit également draps ou ratines satinées ; rien de fin ni de beau. mais de l'épais à 4/4 à 5/4 de large. Je crois que dans la première largeur je leur en aurois de 15 1. à 15 1. 10 s., et de la deuxième de 19 à 20 1. S'ils avoient des marchandises faites, qu'ils vous remettent de petits échantillons, avec petite noie du prix attachée, et vous me ferez passer le tout sans retard. C'est un flot dont je serai bien aise de les faire profiter, s'ils jugent la chose avantageuse.
Je ne m'étonne pas qu'après une humidité aussi constante que celle que nous avons depuis six à huit mois, il soit difficile de labourer. Cela est pourtantbien essentiel. Il faudroit mourirtoos si nous n'avions pas de grains à la récolte prochaine. On a tant annoncé ici que les approvisionnemens manqueroient en mars, qu'ils manquent en effet ou sont supposés manquer. Hier, le train a commencé chez les boulangers et il continue aujourd'hui. La municipalité, pour ne pas être accusée de peu de soin, répand que c'est la faute des accapareurs et désigne les anciens nobles, les aisés, les banquiers, agioteurs et enfin les boutiquiers et marchands comme accapareurs. Je ne conçois pas comment on peut jeter des semences de troubles aussi dangereuses dans la multitude, qui dans son effroi croit tout. J'aime à croire que cette disette annoncée n'a pas plus de consistance réelle que celle faite au commencement de la Révolution. II paroît qu'il y a entre l'assemblée de la Convention et la Commune de Paris une grande division. Nous autres habitans sommes dans le cas d'être froissés entre les chocs des deux partis, et je suis bien peiné d'être contraint, pour la suite do mes affaires, à rester dans cette ville malheureuse. Peut-être
cette cherté n'est-eile faite que pour forcer à s'engager tous ceux qui manquent d'ouvrage et de pain. Si, ce que je ne crois pas, le manque de grains étoit véritable, l'effroi, la sédition et les malheurs de la disette gagneroient bientôt te reste du royaume ; dans le cas où mon pauvre Château-Renard seroit dans le cas d'éprouver du besoin, combien mon cœur souffriroit de ne pas pouvoir faire le bien que dans d'autres temps j'aurois pu y répandre!...
Adieu, Monsieur.
P. S. — Si la cherté étoit trop forte chez vous, songez que je ne veux pas que mes gardes et métayers ou vignerons, enfin tous ceux qui me sont ou doivent m'ôtre attachés, manquent de pain faute d'argent. Je vous autorise dans les crises de besoin à prêter du blé, quitte à risquer de le perdre, à mes serviteurs anciens ou nouveaux, sans égard à leur mérite, mais eu égard à leur faim et à leur manque d'argent. Vous sentez qu'il faut faire cela avec prudence et discrétion. Je n'ai point la vanité pour but et je suis revenu de croire à la reconnaisance. Mon désir est d'empêcher de mourir quelqu'un de faim, si je puis, et de faire encore un peu de bien, si Dieu me le permet.
On enlève le pain des boulangers comme en 1789, et le peuple assiège à présent toutes les boutiques d'épiciers et chandeliers pour y prendre tout le sucre à 25 s., la chandelle à 10 s. et le savon à 15 s. Il y a tel épicier, hier, qui a perdu 50.000 livres. La Garde y vient pour empêcher qu'on ne se fasse du mal et surtout pour garantir le peuple. 11 y a 200 canailles, presque toutes femmes, à chaque porte.
(Jbid., n» 116.)
Paris, le 5 mars 1793.
... Les marchands de drap, etc.. ont été menacés ces joursci. Tout cela fait bien du mal et ne peut qu'amener disette sur disette. Le lendemain du pillage des épiciers, dont un nombre assez considérable est réellement ruiné, j'ai entendu un gros propriétaire de sucres qui venoient d'arriver dans nos ports ordonner de donner tous ses sucres à 10 p. 100 de meilleur marché aux vaisseaux danois et autres étrangers, ou de
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leur payer le fret à haut prix pour les sortir de France. Cela est fort indifférent aux sans-culottes qui gagnent en revendant le sucre et le savon volés ; mais pour le total, c'est détruire et éloigner la >lenrée, et c'est absolument le sauvage qui, pour avoir le fruit d'un arbre, le coupe pour ne pas monter si haut
On enrôle ici tant qu'on peut et de toute taille ; presque tous sont des enfans. J'en ai vu hier 300 ou 400 ; cela fait peine I Mon Dieu ! quelle dépopulation ! Sans le feu, combien nos hôpitaux en consommeront !
Adieu, Monsieur, je suis hors d'âge pour servir ; mais ce n'est pas assez : je me chargerois avec plaisir du trop de quelque amateur de la vie, et en vérité je voudrois être au bout de U mienne tant la tristesse me dévore.