‹ Lettres d'aristocratesChapitre 418 sur 541 · Du même au même · texte numérisé non relu

Du même au même

[Ibid.)

Paris, le 7 juillet 1792.

Monsieur, j'ai reçu l'honneur de votre lettre du 4 du cou laquelle ne peut instruire de rien de nouveau sur les opéra militaires de nos armées retirées et réduites à rester si défensive après avoir abandonné toutes leurs brillantes quêtes. Je ne crois pas que leDumouriez soit plus habile q autre à rétablir nos affaires ; au point où elles en sont, cel peut aller qu'au plus mal, et il y a tout lieu de croire que ne tiendrons pas aussitôt que l'ennemi se présentera et vo nous attaquer sérieusement.

Je suis convaincu que nos faiseurs et nos enragés comi cent tout de bon à avoir peur, et tout ce qu'ils font le dé assez, lis voudroient bien exciter le peuple à se remuer et porter à quelques excès ; mais je doute qu'ils y réussissen ameuteront bien les gredins qui sont à leurs ordres et q

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1^^ payent; mais, en général, ce qu'on peut appeler peuple, les

S^^ ouvriers, la bourgeoisie ne pensent pas comme ces messieurs.

I - On est las, fatigué et rebattu de cette malheureuse révolution

I ^ qui ne produit que maux, crimes, désordres, anarchie et ne

'^,^0^ peut faire aucun bien ... Je parcours et j'observe froidement les

ci groupes qui se réunissent, et je puis vous assurer qu'à Texcep-

'^ tion de quelques énergumènes qui prêchent le meurtre et le

régicide, je ne vois pas qu'en général on soit disposé à l'insur-

'^ , rection. On veut effrayer les Parisiens; mais je parierois tout

ce que Ton voudra qu'il n'arrivera rien ici, que les Pétions et

autres voient trop clair et sentent bien que, la chance pouvant

tourner d'un moment à l'autre, leur perte est inévitable, et

quoique scélérats, ils sont tous en général trop lâches pour

oser assassiner le Roy. D'ailleurs, ils ne pourroient se flatter

d'échapper à un terrible châtiment, et certes les Parisiens ne

seroient pas gens à se laisser écraser par les étrangers pour

soutenir et défendre de pareils coquins.

On veut nous effrayer de la fédération prochaine, parce qu'elle attire un grand nombre d'étrangers, je veux dire des patriotes outrés des départemens. Mais fondus et divisés dans l'immensité de Paris, où il y a tant de monde, ils ne peuvent être aussi dangereux. D'ailleurs, notre Garde nationale, qui est encore plus nombreuse, s'y mêlera, et de tout cela il n'en résultera rien, vous le verrez... Nos jacobins, qui tremblent pour euxmêmes, sachant ce qui se passe au dehors, voudroient bien inspirer leurs craintes à tout le monde, mais il est assez juste que ceux qui ont occasionné tout le mal aient celui de la peur. Les honnêtes gens ne tremblent pas : le Roy l'a assez bien prouvé le 20 juin dernier. Son courage, sa fermeté, le témoignage d'une bonne conscience lui ont donné l'ascendant sur un ramassis de lâches et de coquins. Il est temps néanmoins que tout ceci finisse, et je me flatte que le dénouement ne tardera pas. A la moindre nouvelle, vous verrez bien des gens se dépatriotiser et tourner de l'autre côté...

Lefebvre d'âct.

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