‹ Lettres d'aristocratesChapitre 420 sur 541 · Dît même au même · texte numérisé non relu

Dît même au même

(Ibid.)

Paris, le 19 octobre 1792.

Monsieur , je vous confirme la banqueroute de la maison dite de secours, qui a inondé Paris et les environs à vingt lieues à la ronde de ses billets. On a craint sans doute de la rumeur et on vient de proclamer qu'ils seront tous remboursés. L'Assemblée législative avoit déjà décrété 3 millions pour cet objet qui en consommera peut-ôtre le doublet II faut avouer que les financiers de la Révolution sont bien maladroits de dilapider ainsi la fortune publique, et de l'appliquer au remboursement frauduleux de papier émis par des escrocs qui emportent notre argent chez l'étranger, et de n'avoir pas

1. La Caisse dite de la maison de secours, dirigée par un certain François Guillaume, était une des nombreuses Caisses patriotiques cré/^cs au moment de la Révoliilion. « Ses billets circulant principalement dans la classe des citoyens indi^ens >», la municipalité avait, dans on but humanitaire, versé des fonds à l'entreprise. Mais déjà, au mois de mars 1792, les affaires de la Caisse périclitaient, et les 7 millions de billels qu'elle avait émis dépassaient si considérablement son capital, que l'Assemblée lépislalive avait été obligée d'avancer à la municipalité une somme do 3 millions, sous resserve que cette somme serait employée au senieedela Caisse de secours (Décret du 30 mar*\

En dépit de ce subside inattendu, la situation alla toujours en s'apgravanl, et en octobre la Caisse déposait son bilan. La responsabilité de la municipalité se trouvait très engagée dans ce désastre. Pétion. maire de l'aris. la justifia tant bien que mal, en disant que des ordres avaient été donnés pour qu'on brisât les planches des bilicls, afin d'en empêcher l'émission indéfinie, mais que des cuulrof.teleurs eu avaient fait fabriquer d'autres. L'Assemblée feignit de se rendre à ces raisons et de nouveau accorda quel(|ues fonds à la municipalilépour les premiers remboursements de billets (Décret du 12 octobre).

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prévenu dans le principe de semblables abus. Que n*auroil-OD pas dit, si pareille chose fût arrivée dans l'ancien régime! El peut-on raisonnablement blâmer les gens de bon sens, qui improuvent les opérations premières de ceux qui ont fait et continué la Révolution pour ruiner entièrement la France, en enrichissant un tas de scélérats et de brigands? Et encore, sous peine d'être égorgé, faut-il trouver tout cela bon et bien, et drre que cela peut aller ainsi î L'ancien despotisme permettoit qu'on s'expliquât; sous celui-ci, il faut se taire et paroître content

Je suis sincèrement

Lefebvre d*Acï.

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