De la même au méme^ à la Fosse -Ingani
(/6id.. n»28.)
Paris, 21 mars 1792.
Je n'ai de nouvelles d'aucun de vous, mon cher Limoëlao; mais comme je sais que vous êtes à la Fosse-Ingant, je vais vous y écrire les rêves que j'y fais tout éveillée. Tout est dit' Dieu n'est pas encore satisfait. Nous l'avons mérité, mais notre empire va être entièrement détruit. Nous ajoutons tous les jours à nos crimes, et la France n'est plus digne que de ses vengeances.
Je ne pense pas que Joseph * soit dans le cas du retour ; à
1. Antoine-Nicolas Valdec de Lessart, né en 174<, contrôleur général des finances «■ décembre 1790, ministre de l'Intérieur en janvier 1791, des AfTaires étrangères en noveske de la môme année, fut, en mars 179S, l'objet des accusations les plus grares. Le bruit cadrai que les pièces diplomatiques sur lesquelles le ministre s'était appuyé pour répondre àe* intentions pacifiques do l'Empereur étaient supposées. II fut déicréîé d'accusation wr If rapport de Brissot, le 10 mars 1792, transféré à Orléans, puis à Versailles, où îl pént le 9 septembre, lors des massacres des prisonniers de la Haute-Cour.
2. Joseph-Pierre Picot de Limo(!lan, fils du correspondant de M"« de Nermonl. Né k 4 novembre 1768, il fut rayé des listes d'émigration en Pan VIII (Arch. nat., P 5MP-
A M. DE LIMOBLAN 48S
son âge il ne peut pas rester à rien faire, et d'après mes idées vous feriez bien de l'attacher au service de l'Empereur. Rier ne presse. Il n'en est pas de même de Roland * ; père de deuj enfans, il doit songer à leur conserver du pain. Ce n'est pas la crainte qui méfait parier ; j'ai déjà vu chez moi des gens de retour pour conserver leurs possessions. Car, ne doutez pas qu'on ne fasse de leur bien ce qu'on a fait de celui du clergé Dans un moment comme celui-ci, les Princes ne disent rien, n Allez, ni Restez. Royou * voit tout en beau ; mais des papiers assurent que le roy de Hongrie ' a arrêté la marche de ses troupes. Qui nous a assurés que les puissances nous veuillen mieux servir que la France et l'Espagne n'ont voulu servir leî Sluarts ? Et les biens qui ont été confisqués de ceux qui les on suivis n'ont jamais rentré à leurs propriétaires. La tête ne nu tourne pas. C'est d'après gens très sensés que je vous parle, h voudrois que Roland rentrât. Parlez-en aux parties intéressées
On vient de fêter les assassins de M. Désilles, les Suisses d< Chàteauvieux. Les bonnets rouges prennent faveur. On m'a di en avoir vu plusieurs se promener sous les fenêtres du Ghâ teau, et la Reine étoit à la fenêtre. Incessamment nous alloni avoir Jourdan * qui est compris dans l'amnistie que l'Assem blée a accordée aux scélérats d'Avignon.
Adieu...
Compromis dans l'affaire de la Machine Infernale, il passa en Amérique, où il mourui prêtre, en 1826.
1. 11 doit s'açir ici de Jcan.Roland des Clos de la Ponchais oui avait épousé Angélique Françoise Désilles, nièce de LimoSian, dont il avait deux lils, Adolphe né en 1788, c Alphonse, né en 1789.
1 Thomas-Maurice Rojou (1741-1792), directeur de l'Ami du Roi,
3. François II remplaça le 1*' mars son père Léopold II dans les Etats héréditaires de 1 maison d'Autriche, et ne fut élu empereur que le 7 juin suivant.
4. Mathieu Jouve, dit Jourdan Coupe-tôte (1749-i79i), l'un des princioaux auteurs de commis à Avignon, et connus sous le nom de massacres de la ulacière.