‹ Lettres d'aristocratesChapitre 476 sur 541 · M. DE LA VIGNE-DAMPIERRE A M. N · texte numérisé non relu

M. DE LA VIGNE-DAMPIERRE A M. N

Vainement, prévoyant quel sort attend les prisonniers dans la capiUk. l'Assemblée législative ordonne-t-elle leur transfert à. Saumur. De sa propre autorité, Fournier leur fait prendre la route de Paris *. On espère y arriver à temps pour joindre ces malheureux aux fournées de TAbbay? et de Bicètre. Mais, à Étampes, un émissaire delà commune de Paris vieet apprendre à Fournier que la population parisienne sort de sa stupcsr, est prête à s'opposer au recommencement des massacres *. On se décide alors à diriger les captifs sur Versailles. Ils y arrivent le dimanche, 9 septembre, à 2 heures du soir. A 3 heures, 44 sur 53 sont massacrés !

C'est d'Ltampes que sont datées les lettres que Ton va lire. A s<ïs prisonniers Fournier avait feint d'accorder une suprême faveur, a 11 leur avait permis d'écrire à leurs proches et à leurs amis, et avait autorisé tes gardes qui veillaient sur eux à desserrer les liens qui retenaient leurs mains captives. Mais de peur qu'ils ne tentassent de s'échapper, on n m déliait que quelques-uns à la fois. Us se passaient de main en main ks trois ou quatre plumes que l'on avait mises à leur disposition. Aussitôt que l'un avait fini sa lettre, on le garrottait de nouveau et Ton déboucltit son voisin » *.

Telles sont les circonstances émouvantes où furent écrites ces lettres. qu ne parvinrent, d'ailleurs, jamais à leurs adresses, puisque par une infâme trahison, Fournier, infidèle à sa parole, les garda toutes pour les envoyer au comité de Surveillance. Quelle émotion on ressent en les lisant! Le? unes, comme celles de René-Nicolas-François Pouyvet* de la BlinièreVne sont qu'un long cri de désespoir ; les autres, comme celles de Pierre <k Pargade, de Charles-Louis Pierrepont de Saint-Marcoust, de Françw> de Montjustin sont d'admirables modèles de résignation chrétienne, ou df courage stolque ; d'autres enfin apparaissent plus touchantes encore peutêtre, celles où Antoine Cordebœuf de Beauverger de Montgon essaie de rassurer sa mère, sa fiancée, et jusqu'au dernier moment de les tromper sur l'épouvantable destinée qu'il devine être bientôt la sienne !

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