‹ Lettres d'aristocratesChapitre 72 sur 541 · Du même au même · texte numérisé non relu

Du même au même

{Ibid.).

Paris, 27 juillet 1789.

. Nous sommes rentrés ici avant-hier au soir, mon cher Bêlant, après les catastrophes dont il faut espérer que la source tarie. Nous ayons passé treize jours chez le bon Chanorier 5 un moment affreux, et je désire que les lettres que je vous îrites et à la bonne Quitte aient passé dans les intervalles, se douteuse encore, pour vous rassurer sur notre éclipse le ville dont le désordre prolongé auroit eu les plus ter- 3S conséquences. Heureusement, les 60 districts électoraux députés pour les Etats généraux ont formé en trente-six pesune milice bourgeoise de 80. 000 âmes S à laquelle on doit i!ireté individuelle qui a bientôt suivi, hors quelques tètes îcrites qu'elle n'a pu même sauver des mains de la popu- ! effrénée. Je vois que cet esprit s'est propagé partout et Dijon en a môme dévoué quatre ou cinq qu'heureusement jroit à l'abri de cette fureur populaire... Est-il vrai que M. de vernet'*, bousculé dans l'émeute, ait demandé sa démission? ez-lui de très humbles hommages de ma part et à tout ce se souvient de moi... 'on fils, élu depuis douze jours président de son district * et

Slisabolh- Adélaïde- Françoise Bastard avait épousé, le 13 juillet 1778, Charles Grmvier de unes, fils aloé de Jean Gravier de Vergennes.

yest Nicolas de Bonneville, littérateur et journaliste (1760-1828), oui, le 15 Juin 1780^ déposé sur le bureau des Electeurs, assemblés dans la salle du Musée, une moUoo Garde bourgeoise. Les Electeurs avaient demandé sa constitution & TAssemblée naiio- «r arrêté du 11 juillet. L'Assemblée l'Hvait demandée au Roi. Elle se leva spontanéles 13 et 13 juillet et fut primitivement réglementée par arrêté du Comité pcrmaneni lôlel de ville du 13 juillet ^Chassin, op. cit., t. 111, p. 474-489, 497-499).

Miilippe-Antoine-Gabriel- Victor de la Tour-du-Pin de Gouvemet (1723-1794), Ueutenani 'al eu bourgogne.

Iharles-Bonaventure-François-Xavier Gravier de Vergennes,. né en 1751, guilloUné en

A M. DE BELLEJEANT 81

passant six heures chaque jour à l'Hôtel de ville, sans se dispenser de monter ses gardes, ainsi que tous nos gens, a eu le corps de garde chez lui jusqu'à notre arrivée. Il est chéri des Bailly, La Fayette et tous les chefs, comme de toute la bourgeoisie. Des patrouilles régulières jour et nuit rendent Paris assez calme, et je vais chaque soir aux spectacles pour dissiper les idées lugubres du temps et mes vapeurs que les jus d'herbe et la campagne ont un peu soulagées. Nous avons pour surcroît des temps horribles ; mais le pain est diminué d'un sol, et les subsistances abondent ici, comme les armes. On y attend M. Necker jeudi 30 au plus tard. Il a trouvé à Bâle la Poh'gnac*. La duchesse a été le voir, et leur rôle contraste terriblement. Deux cent mille âmes au moins sont sorties de Paris.

Ma belle-fille va sous quatre jours à Ghamplâtreux *, où

j'irai la rechercher le 10 août, et de là nous irons passer quinze jours à Croissy... Adieu.

Paris, 31 juillet 1789.

Que je suis oppressé, mon cher Bellejeant, des excès auxquels s'est porté à Dijon le peuple vis-à-vis de M. de Gouvemet et tous les honnêtes citoyens. Presque toutes les villes de France se sont émues à l'instar de la capitale, dont l'effervescence se tempère chaque jour par la surveillante activité de la milice bourgeoise, qui s'étend sur les campagnes menacées même à plusieurs lieues à la ronde et partout où on annonce des troubles qui ne se vérifient pas.

M. Necker, de retour de Versailles du 28 au soir, s'est

1794. fal taoat l'ancien régime conseiller au parlement de Bourgogne, maître des requêtes ordinaire do l'HAlel. intendant d'Auch. Elo le 25 juillet, membre de PAssemblée des repré- •enlanls de la Commune provisoire pour le district de Sainl-Magloire, il était le 5 août vice préaident du Comité provisoire de police, sûreté et tranquillité de la Ville. Démission-

I de ces fonctions le 31 août, il fut nommé capitaine de la 2* compagnie du bataillon de

-i nrde nationale de Saint-Ma^loire, puis chobi le 17 jiovembre pour Fun des 8 membres du Tribanal municipal de police. Il fit enOn partie, comme notable^ de la Commune dite

conaiitnUoDoelle du 9 octobre 1790. et démissionna le 17 février 1791 ayant été nommé administmtenr du département le 31 janvier. (Sigismond Lacroix, Acteê de la Commune, t. I. p. 8. 415, 632-633 ; 11, p. 655-656; Robinet, Pertonnel administratif de Parié sous It Révolution, t. I. p. 526-527).

1. Yotande-Marline-Gabrielle de Polaatron. duchesse de Polignac (1749-1793), avait émigré dès le 16 juillet.

2. Cbamplàlreux (commune d'Epinay-Champlâtreux, Seine-el-Oise).

B'I LE MARQUIS Dl YIRGEINHES

rendu, le 29, aux Etats généraux, ne prêchant que l'union et la paix, et vint, hier 30, à midi, à l'Hôtel de ville*, où dans son discours sublime peignant les malheurs de la France^ il a. prêché l'oubli de tous les maux et le pardon de tous les proscrits, dont le retour et la sécurité devoit être le premier objet de sollicitude dans une nation généreuse, promettant à ce prix tous ses soins et le dévouement le plus entier jusqu'à son dernier soupir, d'après les bontés du Roy, dont il a £ait le plus bel éloge, au point d'attendrir tout l'auditoire. S'étant montré ensuite à la fenêtre dans une autre pièce avec M. de Saint- Priest ^, qui Tavoit accompagné dans sa voiture, M. de Glermont-Tonnerre ^, un des quatre députés d'escorte, proposa aux bureaux réunis de la Ville l'arrêté ci-joint * unanimement adopté, et à la suite duquel tout Paris illumina hier soir.

Comme le foyer du Palais-Royal n'en est pas aussi content, les proscrits feront bien de ne pas presser leur retour. Mon fils au surplus, à la suite de sa présidence, qui le tenoit neuf heures chaque jour à l'Hôtel de ville, a été élu chef pour huit jours du bureau de la police *, où il a passé toute la nuit du 29 au 30 ; rentré chez lui à 6 heures, pour mettre les pieds dans l'eau, il y retourna à 8 et y passa toute la journée d'hier. Son zèle et la confiance qu'on lui marque le feront tomber malade. J'espère qu'à la gêne près de ne pas laisser sortir de la ville, nos compatriotes s'abstiendront de tous excès et feront renaître même l'ordre et le calme le plus parfait, à l'exemple de la capitale qui aura bientôt un corps de 6.000 hommes enrégimentés, soudoyés et en uniformes pour sa police, outre 20 ou 24.000 bourgeois enregistrés, armés et prêts à s'y joindre en cas d'alarmes.

Ma santé va mieux, et je vais très souvent aux spectacles bien survis et très calmes en ce moment...

Nous espérons qu'il y aura beaucoup à rabattre sur les excès de Luxeuil et partout. Le baron de Besenval et M. de Guiche •, saisis entre Nogent et Provins ^ par les paysans, ont e» à

1 . Voir le Procès-verbal de V Assemblée générale des électeurs par Duveyrier* l. Ik p. 506-523.

î. Rappelé au minislère après lo 14 juillet.

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