‹ Lettres d'Eugènie de GuérinChapitre 40 sur 69 · I r*. (les principales églises de Ca^t · texte numérisé non relu

I r*. (les principales églises de Ca^t

D'EUGENIE DE GUERIN. 278

comme disait le père Guyon, comme vous a dit celui de Castres. Calme au dedans, amitiés au dehors, revoir de famille, toujours si doux ; je vous vois heureuse à présent, près de vos bonnes sœurs, de cette chère Marie, qu'il vous tardait d'embrasser. Vous voilà contente, et en peine sur son état; c'est ainsi de tout; mais espérons que ce petit ange vous arrivera sans vous causer trop de larmes. Je vous promets de prier pour cette chère sœur. Cet enfant va faire votre bonheur. J'en espérais autant, je le désirais pour Caroline et pour tous; mais on n'en parle pas, et dans le triste état de mon frère, je n'ose plus y penser. Que deviendrait cette pauvre petite femme, si délicate, quoique forte par son courage, si alîligée ? Le poids de ses peines est presque au delà de ses forces.

Hélas! vous le voyez, chère amie, je ne vous dis pas qu'il est mieux, comme vous désiriez de l'entendre. Bien loin de là, le mal va toujours croissant, et je reçois des nouvelles de plus en plus alarmantes. Après un moment de mieux, le voilà retombé : rechutes effrayantes qui me désolent. Je ne sais ce qui est survenu. On me cache son état, ou on croit le faire sous des expressions vagues, où je ne me méprends pas; puis d'autres lettres ne confirment que trop mes craintes. Hier encore, le bon général de Frégeville m'écrivait qu'il avait vu mou fière la veille, et l'avait trouvé bien malade ou à peu près. On parle des Eaux-Bonnes; mais le moyen d'y arri-

ver, de se mettre en route, quand on ne quitte pas son lit? Si c'est possible, s'il peut se mettre en voiture, j'irai le joindre à Orléans. Triste retour! Dans quelques jours je saurai ce qu'on peut espérer. Il meurt d'envie de partir, de se revoir au Gayla, en famille , près de son père et de nous tous. Paris n'est plus rien pour lui, comme vous dites; c'est le lieu des plaisirs et des bien portants. Mon pauvre Maurice , faudra-t-il le ramener mourant à notre pauvre père? Vous pouvez leur parler de sa maladie; il n'y a plus moyen de la cacher plus longtemps. Oh ! faites prier pour lui, chère Louise. Soulevez encore quelque voile de sainte fdle, pour lui recommander le jeune malade, le frère de votre meilleure amie*. Je vous suis on ne peut plus reconnaissante de tant d'intérêt témoigné et senti, et de m'avoir fait penser au prince de Hohenlohe. Je vais écrire pour cela à Paris, à un prêtre qui pourra peut-être indiquer les moyens de nous adresser au prince. Déjà nous avons fait une neuvaine, à Nevers, aux reliques de sainte Philomène, qu'on vient d'envoyer de Rome. Je crois au pouvoir des saints ; je compte sur les secours des amis du ciel et de la terre, et sur Dieu tout bon. 11 sait ce qu'il nous faut de la vie ou de la mort : que sa volonté soit faite ! Je ne sais si je fais bien cet acte de soumission. Adieu. Tous mes souvenirs à vos trois sœurs, dont je réclame aussi les prières : on n'en a jamais trop de bonnes. Toute à vous.

Page 1