‹ Lettres d'exil à Michelet et à divers amisChapitre 30 sur 233 · DXII · texte numérisé non relu

DXII

A M. GUSTAVE RÉVILLIOD

Veytaux, 5 janvier 1866.

Plaignez-moi, cher monsieur, de n'avoir pa encore vous remercier de vos derniers volumes de Bonnivard. J'y avais vraiment un peu de droit, étant son plus proche voisin de chambre ou de prison, selon que le mot vous plaira le mieux. Je passe tous les jours de ma vie à sa porte; il me charge de vous redire que jamais ombre de prisonnier n'a été si admirablement choyée que par vous. C'est à donner envie de sa prison. Il m'ordonne, de plus^ de vous adresser ses vœux de bonne année pour vous et pour madame votre mère ; mais il déplore que votre Revue nous menace de disparaître. C'était, prétend-il, une de ses meilleures lectures dans le grand souterrain. Sur cela, comme sur tout le reste, je suis de son avis.

Votre tout dévoué,

EDGAR QUINET

DXIII

A M. LEROIS A PARIS

Veytaux, 5 juavicr 1866.

Monsieur,

Dans la prochaine édition de mon ouvrage, je dirai ce qui est ma pensée, que M. Ramel est l'un des membres les plus honorables de la Convention, que Tanecdote où il figure S i^e l'atteint en rien, mais seulement Cambacérès, et, de plus, je supprimerai le mol de chargé d'affaires. Si vous voulez m'en croire. Monsieur, nous nous en tiendrons là; il y aurait de bien grands inconvénients à nous jeter dans la publicité des journaux ; la malignité ne manquerait pas .de donner aux choses une proportion qu'elles û'ont pas. Il ne faut pas oublier que Cambacérès était le second personnage de l'Empire. Être chargé d'affaires d*un personnage si élevé, ne pourrait aux yeux de personne, dans les idées du temps, passer poiir une diminution de dignité. Pour moi, je n'y vois que lapreuve de la confiance de Cambacérès dans la personne de M. Ramel, qui certainewent ne refusait pas à son collègue l'appui de ses talents

*• Voy. Révolution, t. III, livre XXIV, p. 372.

financiers. Je suis bien persuadé que M. Ramel n'a fait que rire de la boutade de Cambon. Soyez convaincu comme moi qu'en mêlant les journaux à cette petite anecdote qui n'est que plaisante et point dirigée contre M. Ramel, vous lui donneriez une gravité qu'elle ne peut avoir. Un plus grand inconvénient serait celui-ci : voire intervention ferait croire au public que l'intention de Cambon élait de dire une chose blessante à M. Ramel ; et tel n'est pas le sens de l'anecdote. Tout au contraire, Cambon, avec sa brusquerie ordinaire, veut donner indirectement une petite leçon de philosophie au prince archi-chancelier.

Les mots n'ont de sens et de portée que pour Cambacérès, et cela est tellement certain, que l'anecdote conclut ainsi : ^ Cambacérès fit semblant de sourire, il craignait les incartades de Cambon. »

Les hommes qui ont rempli le monde de leur nom ne peuvent plus échapper à des boutades aussi inoffensives. Baudot qui raconte l'anecdote la tenait de Cambon, dont il était l'ami.

M. Ramel ne pouvait pas refuser à Cambacérès les titres que lui donnaient tous les Français et tous les Conventionnels. Ce n'était pas à lui à rompre cette étiquette le premier.

Cambon le fit d'abord indirectement et grâce à sa familiarité avec Ramel et Cambacérès.

L'inconvénient de la publicité par les journaux est si grand, que je ne puis m'empêcher de vous le signaler, outre l'obligation où je serais de défendre les droits de l'Histoire. La prochaine édition arrangera tout,

et c'est là, veuillez m'en croire, le moyen le meilleur.

Recevez, Monsieur, etc.

EDGAR QUINET

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