‹ Lettres d'exil à Michelet et à divers amisChapitre 57 sur 233 · La Campagne de 1813, par le colonel Charras · texte numérisé non relu

La Campagne de 1813, par le colonel Charras

cette impression. Il me faudra longtemps avant d'être en état de relire de sang-froid cet ouvrage. N'attendez pas de moi une appréciation de détail. J'en suis encore absolument incapable.

JeliSjj'admire, je reconnais des pages grandes, nerveuses sur York que j'avais entendues. Je m'interromps je me sens repris de mille douleurs, je reviens au livre J'admire encore. Puis je retombe dans mes souvenirs dans ces jours poignants qui me prennent à la gorge.

Voilà, chère Madame et amie, ce qui se passe en moi depuis que j'ai reçu ce livre : le sentiment que j'ai dans ma main quelque chose qui ne périra pas ; une véritable angoisse à la pensée que celui qui a gravé ces paroles dans l'airain, n'est plus là pour les entendre; Mn inutile effort pour me plier à ce qui est irrévocable ; ïe vague espoir pourtant que de semblables monuments, appuyés sur une pareille vie, ne seront pas perdus pour l'avenir du monde, et surtout de la France ; un peu de KJépris, dont je cherche à me défendre, et dont je m'accuse; l'idée que des hommes tels que Charras rachètent sans doute l'incurie, la légèreté, la bassesse d'au très grand nombre; enfin la conviclion qu'un avenir meilleur, à beaucoup d'égards, surgira de ces tombeaux.

Adieu, chère Madame et amie, mes hommages à tous les vôtres. Je félicite Chaûffour de ces pages d'introduclion. Ma femme, très indisposée depuis des semaines, est de moitié dans mon admiration et dans mon deuil.

Recevez, etc.

EDGAR QUINET

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