‹ Lettres d'exil à Michelet et à divers amisChapitre 72 sur 233 · A M. JULES FERRY · texte numérisé non relu

A M. JULES FERRY

Veytaux, OiuUlet 1866.

Monsieur,

Au milieu des questions nouvelles qui surgissent que vous traitez avec tant de sagacité, peut-être tr verez-vous un moment pour relire quelques pages d'i brochure que j'ai publiée sur TAllemagne, il y a treti cinq anSy sous ce titre : V Allemagne et la Révoluti Je fus le premier à signaler, en 1831, Tambition et Ta nir de la Prusse, tel qu'il se réalise aujourd'hui. Vei lez lire le chapitre : Système politique de VAllemag de la page 142 à 158, el les pages 161, 162, 163. Il ; je crois, dans ces jugements une base bien solide p apprécier les événements actuels; car on dirait que pages ont été écrites aujourd'hui, tant elles sont c formes à tout ce qui est arrivé, et à tout ce qui se pa sous nos yeux. Je montrais, il y a trente-cinq a l'unité en formation du despotisme germanique sou! nom de la Prusse. Je signalais le danger imminent cette excroissance du despotisme prussien, au point vue delà France. J'établissais combien un gouvernena français serait coupable de laisser se former sans obsti

OU même de servir cette puissance rivale (eutonique, de laquelle je disais, en 1831 : Il ne lui manque qu^un homme qui regarde et connaisse son étoile en plein jour^.

L'important est d'ajouter que tout le parti libéral, démocratique, constitutionnel ou républicain, applaudissait alors à cet avertissement. Tout le monde était d'accord pour en sentir la gravité. Tous accusaient, avec moi, le gouvernement de Louis-Philippe de fermer les yeux sur le péril plus ou moins éloigné d'une Prusse donnée pour tête à l'Allemagne.

Et maintenant que cet avertissement s'est confirmé, que la Prusse a atteint ce qu'elle convoitait, que toutes mes paroles de 1831 se sont confirmées, maintenant que le danger d'une puissance rivale est un fait consommé, on loue, on acclame, chez nous, le gouvernement qui a eu la sagesse de servir celte puissance, de l'aider à se débarrasser de tout scrupule. On le loue, on le félicite de nous avoir mis cette pierre sur la tête. Ce qui était une indignité pour Louis-Philippe, devient soudainement une gloire pour le régime actuel. Je n'en dis pas davantage; mais toute la question est là. Comparez, Monsieur, les temps et concluez.

Recevez, etc.

EDGAR QUINET

*• Yoy. Allemagne et Italie, p. 145.

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