DLVI
A M. CHARLES DOLLFUS A PARIS
Veytaux, 9 juillet 1866.
Monsieur,
Combien je me reproche de ne vous avoir pas encore envoyé mes remerciements pour toutes les bonnes heures que je dois à la Revue Moderne t Ses apparitions si régulières dans mon désert me sont, je vous l'assure, bien précieuses. J'ai lu Mardoche avec une vive curiosité, ou plutôt je l'ai vu. Car cela est évidemment pris sur la nature. Vofilà bien ce que notre temps devait faire des gens de lettres. De pareils tableaux, si nets, si francs, sont faits pour me consoler d'être retranché du monde. Je vous remercie pour ma part de la hardiesse et de la vérité de celte peinture.
us LETTRES D'EXIL.
Sii dans les événements actuels, on pouvait faire un retour sur soi, je devrais remarquer que tous ceux qui m'ont attaqué cet hiver se vantent, cet été, d'avoir donné leur concours au despotisme tant indigène (|u'élranger.
Malgré tout, je ne suis pas trop inquiet de Tavenir. Il vaudra toujours mieux que le présent actuel. Mais étaitil si nécessaire que les générations contemporaines se réduisissent à n'être qu'un fumier pour engraisser l'avenir, qui se passerait fort bien de cet engrais artificiel et pestilentiel.
J'ai un peu espéré vous voir dans l'été. Vous ne doutez pas de la part que j'ai prise à la perte cruelle qui vous a frappé et qui malheureusement était trop prévue.
Recevez, Monsieur, etc.
EDGAR QUINET