‹ Lettres d'un émigrant ou Voyage au Canada [microforme]Chapitre 23 sur 29 · RER ERTE · texte numérisé non relu

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plante et que l'on protège contre les feux des prairies croissent avec une grande rapidité. On dit même qu'un colon possédant cent acres de terre peut avoir de très beaux arbres en moins de temps qu'il ne lui en faudrait pour défricher la même étendue. C'est un fait constant que, dans l'Tlinois et autres Etats de l'Ouest, des colons établis depuis quelques années, sur des prairies de ce genre, ont maintenant une réserve de bois assez considérable sur leur propriété.

Avec de légers changements provenant des circonstances, la culture que le colon aura à faire est la même, en ce sens qu'il récoltera les mêmes grains et les mêmes plantes et élèvera les mêmes animaux, sans être obligé d’avoir recours à ces méthodes compliquées et à ces engrais dispendieux auxquels on a recours pour obtenir un rendement satisfaisant de terrains épuisés des vieux pays

Le colon retrouvera aussi au Manitoba sa langue, sa religion et tous les moyens de faire instruire ses enfants, depuis l’école commune jusqu'au collège.

On peut s'établir dans le Manitoba avec un très petit capital. Il faut néanmoins posséder assez pour construire une maison en billots bruts, suivant la contume du pays, pour acheter une paire de bœufs et une charrue, les graines pour les semences et des provisions pour un an ou jusqu'à la prochaine récolte. Avec de la patience ct de l'énergie dans les commencements, un colon en débutant ainsi peut en peu de temps acquérir une position aisée et indépendante.

D'un autre côté, un colon peut venir dans le Manitoba avec de grands capitaux pour les placer dans de grandes opérations agricoles, soit la récolte du grain ou l'élevage

des bestiaux, qui ne peuvent manquer d'être très profitables.

Avec une somme de 2,000 à 3,000 frs, un cultivateur peut se procurer une habitation confortable bien que sur une petite échelle.

Avec quelques modifications provenant des circon- | stances, cette somme serait divisée comme suit :

{| | Une paire de bœufs . . . . (600 francs.

4 Un chariot . . . . . . . 400 »

| Une charrue et une herse . . 195 »

Lun ! Des traits, haches, pelles, ete. . 150 »

| Poële, lits, ete., ete. . . ... 300 »

Maison et étable . . . . . 750 »

Provisions . 575

3000 francs.

Sans doute qu'un capital de 5000 francs permettrait au colon de s'organiser sur une plus grande échelle et de se donner plus de confort; mais aussi, beaucoup ont commencé avec moins et sont aujourd'hui fort à leur aise.

Par exemple le chariot de la Rivière-Rouge ne coûte que 50 frs, et un seul bœuf sur une petite ferme peut faire tout l'ouvrage après que le premier labour a été fait sur la prairie.

Les plus pauvres familles parmi les Mennonites allemands, qui sont venus du sud de la Russie s'établir au Manitoba, ont commencé avec beaucoup moins de 3000 francs; ils sont aujourd'hui dans une condition très prospère et récoltent d'abondantes moissons de grains, sans compter le lin qu'ils cultivent en abondance et dont

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ils exportent la graine. Ils sont aussi bien pourvus d’animaux dont ils font un commerce très lucratif sur les marchés de Winnipeg. La seule question est de savoir si des familles sauraient se priver comme l'ont fait ces économes pi-nniers, et si elles consentiraient à endurer ce

-cue les Mennonites ont enduré avant d'obtenir le succès

qu’ils ont aujourd’hui.

L'équipement d'une famille pauvre de Mennonites composée de cinq personnes consistait en une paire de bœufs, une vache, une charrue, un charriot et un poële pour cuire les aliments ; le tout coûtait 1350 francs; les provisions de bouche pour une famille pendant un an coûtaient 465 francs ; ces provisions consistaient exclusivement en farine, en lard et en haricots. Ils ne dépensèrent pas un su pour les maisons dans lesquelles ils vécurent d'abord, ces maisons étaient faites de branchages placés obliquement sur des poteaux et recouverts de terre. Ce fait est rapporté ici seulement pour montrer avec quels petits commencements une famille peut parvenir à l’aisance ; car les maisons construites en billots bruts coûtent si peu de chose qu’il est probable qu'aucun colon ne voudra se loger comme les Mennonites. Tout homme est prèt à combattre avec énergie pour son indépendance, mais dans cette circonstance, ses travaux, ses peines sont adoucis par la conscience qu'il a que chaque pas qu'il fait est un acheminement vers ce but. Disons aussi que pendant plusieurs années à venir il y aura des chemins de fer en construction, où les plus pauvres colons pourront travailler une partie du temps, et recevoir des gages élevés, ce qui leur permettra de surmonter les premières difficultés qui accompagnent l'établissement des colons.

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Il y a un autre conseil d'une très grande importance que nous devons donner aux émigrants, c'est d'étre bien attentifs à adopter les méthodes dont la sagesse et les avantages ont été démontrés par l'expérience, et non pas de perdre leur temps à vouloir implanter dans un jeune pays les coutumes et les usages de leur patrie. Par exemple, pour ce qui regarde le labour des prairies, la méthode suivie dans le Manitoba est bien diflérente de celle des autres pays. Les praïies sont couvertes d'un gazon très dur qu'il faut détruire pour rendre le terrain propre à la culture. L'expérience a prouvé que la meilleure manière est de ne labourer qu'à une profondeur de deux pouces et de retourner un sillon de 12 à 14 pouces de large.

Tout labour fait avant la mi-juin doit être semé en avoine, en lin ou en pommes de terre. Le colon pourra ainsi s'assurer d'une récolte et préparer en même temps sa terre pour les récoltes suivantes. En conséquence, l'immigrant doit, autant que possible, arriver au printemps pour opérer ce labour en temps opportun. Après la mi-juin l'immigrant devra renoncer à la récolte de l'année, mais pourra employer le reste de la saison à faire ses constructions, préparer ses instruments et ses plans d'opération pour la campagne suivante. De fait, les mois de juillet et septembre sont très propres pour arriver au pays, faire le choix des terres et adopter les démarches nécessaires à une installation.

Cet automne; on a récolté 40 ou 50 minots d'avoine sur une terre labourée au printemps de la même année. Un colon pourra parfaitement récolter quelque chose sur une terre labourée en mai ou pendant un autre mois. Lorsque le gazon est bien détruit, la terre devient molle

et friable. Les gelées d'hiver semblent avoir pour effet de pulvériser la terre et de suppléer grandement aux travaux de l'homme.

Il est arrivé quelquefois que des colons des vieux pays, habitués au labour profond, ont essayé ce système au Manitoba, au mépris des conseils de leurs devanciers. Ces hommes ont appris à devenir plus sages, par les désappointements cruels qu'ils ont éprouvés. Cela leur a servi de leçon, mais elle coûte si cher qu'il vaut mieux s’en dispenser.

Avant que les prairies n'aient été labourées, le gazon est très dur et très difficile à briser, mais les années suivantes le labour devient très facile, vu la friabilité du sol et on emploie alors avec avantage les charrues à plusieurs socs.

En conséqneuce des difficultés que présente le premier labour, il est plus avantageux au colon de se servir de bœufs que de chevaux, surtout si l'on considère que les chevaux soumis à un ouvrage fatiguant sont exposés à devenir malades, s'ils ne sont pas habitués à la nourriturè et au climat du pays. Un correspondant, engagé depuis longtemps dans de grandes opérations agricoles, donne ainsi le résultat de ses expériences : « J'ai examiné » la somme d'ouvrage faite par les charrues de différentes » grandeurs, et voici le resultat que j'ai obtenu après des » examens nombreux et attentifs, Premièrement, la » charrue de douze pouces trace un sillon de 11 1/2 » pouces environ, dix sillons mesurant de 9 pieds 6 » pouces à 9 pieds 8 pouces. La charrue de 14 pouces » creuse un sillon de 13 pouces en moyenne, et la » charrue de 16 pouces, un sillon d'environ 15 pouces. Comme nos sillons ont exactement deux milles de

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» longueur, d'après mes calculs, trois charrues de 12 » pouces, laboureront 5 acres 147 perches, ou chaque » charrue, 2 acres moins 4 1/2 perches par jour. Six » chevaux ou deux charrues de 14 pouces, laboure- » ront 4 acres et 52 perches par jour. Deux charrues de » 16 pouces, avec trois chevaux chacune, feraient 5 » acres par jour, laissant en faveur de la charrue de » douze pouces, une différence de 5/8 d'acre. Les trois » charrues de 12 pouces exigent un homme de plus, » mais son salaire est plus que compensé par les b/8 » d’acre labouré. » On doit remarquer cependant que des chevaux nouvellement importés dans le Manitoba ne sont pas en état de résister pendant deux mois à un travail aussi fatiguant que celui dont parle le correspondant dans la lettre que nous venons de citer. C’est pour cette raison qu'il est plus avantageux de se servir de bœufs qui ne sont pas exposés aux mêmes inconvénients. Le mème correspondant ajoute qu'une paire de bœufs peut labourer un acre et demi par jour, et cela tous les jours, tout en ne nécessitant que très peu de dépense pour leur nourriture. Les gages d'un homme pour les conduire sont d'environ trente piastres, ou 150 francs par mois sans pension.

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