FLAT LM
C'est le devoir de l'artiste d'éclore ses boureons sans redouter la gelée, et peut-être Dieu ermettra-t-il que mon effort se projette dans avenir. Mes essais, mes tentatives d'œuvre ès homogènes, présentent, toutefois, je ne ais quoi d’enfantin encore, de balbutié dans exécution, et qui s'accorde mal avec la réelle auteur de l'intention. Il me parait que mon rl ne Ss'épanouira tout à fait que dans la aturité de ma vie. Prions Dieu qu'il m'y fasse tteindre…
Pour ce qui est de ton cœur, j'ai tellement onfiance en ton courage, qu’à l'heure actuelle te certitude est mon grand réconfort. Je sais ue ma mère a atteint à cette liberté d'âme qui ermet de contempler le spectacle universel. Je us par moi combien cette sagesse est interitiente, mais c’est déjà posséder Dieu que de | Soupçonner. C'est la sécurité que me donne n âme et ton amour qui me permet de penser l'avenir sous quelque forme qu’il se présente.
9 décembre.
Chère mère, P. L., dans sa charmante lettre, e dit qu'il troquerait volontiers ses philosophes
contre un fusil. Il-a grand tort. D'abord, Spi noza qui l’excède est d'un secours précieux da les tranchées, ensuite il faut que ceux qui so à même de profiter de toute culture et de to développement assurent l’intellectualité fran caise. Ils ont un rôle accablant et bien pl is chargé d'initiative que nous. Nous, nou sommes délivrés de toute contrainte. J’imagi que notre existence est celle des premi moines : rude discipline pu et dégag de toute obligation extérieure.
10 décembre, au matin merveilleux.
Notre troisième Journée de cantonnemenl apporte la douceur d’un temps réconcilié. Le déluge exaspéré de notre séjour en premièr e ligne s’apaise un peu, et le soleil se montre ‘avec timidité. D.
Notre situation, douce depuis deux mois, d changer forcément.
La stabilité des positions menaçant d été) L ser cette guerre, il faudra que l’offensive de des deux adversaires déclanche le mouve
et précipite les événements. Je crois qu commandement envisage cette expectativ
MA ue
our moi je n'ose te dire que je ne peux délorer tout ce qui multipliera les occasions ‘enseignement. | Notre vie, dont un tiers est platement boureois, et les deux autres présentent les dangers lune usine de produits chimiques, finirait par ndormir toute sensibilité. Certainement nous érons peinés de quitter nos habitudes, mais eut-être étions-nous précisément trop habitués ‘un certain bien-être qui ne pouvait durer.
\Pour moi, ma situation va changer peut-être. é vais probablement perdre ma course, étant roposé pour le grade de caporal qui m'assifera une place constante dans les tranchées et utres emplois de première ligne. J'espère que Jieu m'y bénira comme jusqu'à présent.
... Je sens que nous n'avons rien à demander. il est en nous quelque chose d’éternel que nous yons encore à manifesler sur terre, soyons ûrs que Dieu nous y laissera pour le faire.
10 décembre, 2e lettre.
“Heureusement que nous avons un domaine ù tout nous unit sans qu'il soit besoin d’expreslion écrite.
25 qn
Le temps redevient gris et annonce un séjo:
humide pour nos deuxièmes et premières lignes, Le jour baisse et la grande mélancolie des cend aussi sur les choses. C'est l'heure tristi pour ceux qui sont au loin, pour tous les cœur de soldats qui pensent au foyer, et qui voient tomber la nuit sur la terre. 1 Je viens vers toi, et déjà mon cœur $t réchauffe. Je sens ta tendresse attentive, et k
toujours les mêmes. Comme nous allons pe peut-être nous faudra-t-il abandonner bien des souvenirs ti nous sAroIqR es mais l'ame
12 décembre, 10 heures, (carte).
Journée douce sous la pluie. Tout va bi dans nos bois mélancoliques. Dans le voisinagé, il y a eu terrible canonnade de part et d'autre:
Reçu tes lettres du 4 et 6. J’en suis heurew
C’est la vraie joie de la vie. Je suis content de ta visite à C... J'espère l'écrire plus longuement. Ce n’est pas que le temps me manque plus que d'habitude, mais je traverse une période où je suis moins sensible à la beauté des choses.
J’aspire à la vraie sagesse.
12 décembre, 19 heures.
Aujourd'hui, malgré la beauté changeante du soleil et de la pluie, je n'étais pas sensible au spectacle naturel. Et pourtant, jamais il n’y eut tant de grâce et de bonté dans le ciel.
Le paysage, avec le petit pont et son cavalier dont je te parlais, s’attendrissait sous la splendeur des nuages. Mais je ne goûtais pas comme auparavant la bénédiction de Dieu, quand tout à coup un arbre si beau, si beau a parlé à mon cœur. Il m'a dit la beauté toujours souriante, la verdeur du lierre et la rousseur d'automne, la précision d'hiver dans les branches, et alors j'ai compris qu'un instant de cette contemplation, c'était la vie entière, c'était le prix même de l'existence, auprès de quoi toute expectative humaine n'est qu'un mauvais rêve.
Dimanche, 13 décembre.
. … Aujourd'hui, après une nuit réconfortante j'ai été me promener dans ces bois, où, voici trois mois, les morts jonchaient le sol. Aujourd'hui l’automne finissant étalait ses richesses, et la même beauté des troncs moussus me parlait, ainsi qu'hier, de la sérénité éternelle. | Il faut un effort énorme, sans doute, mais il est indispensable pour comprendre combien peu l'harmonie générale est troublée par les spectacles qui bouleversent notre émotion.
Il faut éprouver que tout arrachement humain est peu, et que ce qui est vraiment nous, c’est l'élan de l’âme.
14 décembre (par un temps splendide et la sérénité revenue). :
Nous voici toujours dans notre zone de première ligne, mais dans un endroit où l’on peut lever la tête, et goûter le charme de mes buttes . meusiennes qu'un temps délicat rassérène. -
Je vois, au-dessus du village et des vergers, la ligne des bouleaux et celle des sapins. Les : uns colorent leur squelette d’un violet diaphane et vertébré de blanc. Les autres soutiennent l'horizon de leurs nuances solides. an