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dur | À Hier, coucher de soleil inoubliable. Atmo:
phère mousseuse où s’effilochent de tendres colorations; en bas, les froideurs bleues de le neige. | sai Chère maman, c'était un soir de nostalgie:
Ces vers qui me sont si familiers me sonnaienb dans la paix. ce, :
Mon enfant, ma sœur :
Songe à la douceur D'aller là-bas vivre ensemble Au pays qui te ressemble.
Oui l'Inoitatiôn au voyage de Benidelail s'envolait dans ce ciel exquis. Ah! j'étais loin de la guerre. D'ailleurs, retour des choses d'i ici= bas : en revenant, ,j ai faill me passer de Diners 0 POSTS
20 janvier soir. — Toujours acceptationh Adaptation à à la vie qui ne s'arrête jamais et qui
n a cure de nos petites postulat, | ‘À
21 janvier, ® L4 Ye E y k
Nous voici dans nos emplacements de 1r° ligné La neige nous y a suivis, mais hélas! le d
aussi. Heureusement que notre emplacement actuel ne comporte pas l’affreux séjour dans l'eau des tranchées.
Qui pourra dire la grâce des arbres l'hiver?
T'ai-Je déjà cité ce qu’Anatole France en dit dans le « Mannequin d’Osier ». Il aime leur délicat squelette et leur beauté intime mieux découverte par l'hiver. Moi aussi j'aime le merveilleux contre-point aux mille combinaisons de leur
branchage sur le ciel.
Dans mon gite, je vois notre village : le pauvre se désagrège et s'effrite de plus en plus. Chaque jour les obus l’achèvent. L'église est éventrée, mais son charme déchiqueté persiste néanmoins. Il est si joliment blotti entre ses deux côteaux ciselés et précieux!
Nous avons eu bien du bonheur en deuxième ligne. Ce temps de neige était vraiment beau et
clément. Hier je L’ai dit le coucher du soleil de
l'autre jour. Et, auparavant, notre arrivée dans ces bois merveilleux...
22 janvier.
… Je t'ai envoyé quelques vers : je ne sais ce qu'ils valent mais ils m'ont réconcilié avec
l'existence. Et puis notre dernier cantonnement fut vraiment merveilleux en apports de beauté. Eaux courantes sur des cailloux... Eaux vastes et limpides en des fonds de parcs. Etangs dormeurs, allées rêveuses, voilà ce que la brutalité ne parvient pas à souiller. Aujourd'hui soleil sur la neige. La beauté de la neige était profondément émouvante, mais vraiment nous avions eu de mauvais jours; des jours où il n’y a rien que la boue maussade. |
Il paraît que nous ne retournerons pas à ce joli cantonnement. Evidemment quelque chose se prépare, car la régularité de notre existence hivernale a pris fin.
14 heures.
Temps splendide, précurseur du renouveau, nous pouvons en profiter, notre logis actuel nous permettant de mettre le nez dehors.
Je t’écris mal aujourd'hui, je ne puis que t’'envoyer mon amour. Cette guerre est longue, et je ne puis même parler de patience.
Le bonheur que j'ai, c'est d’avoir pu souvent te dire, pendant cinq mois et demi, que tout n’était pas laideur…
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23 janvier.
… Pour moi, je n'ai plus de désirs. Quand les épreuves sont vraiment dures, je me contente d’être très malheureux, sans envisager autre chose.
Quand elles se radoucissent, alors je me mets à penser, à rêver, et mon cher passé m'apparaît avec la même poésie lointaine qui condui-
sait, aux Jours heureux, mes songeries vers des
pays étranges. Un boulevard familier, certains
coins souvent fréquentés, surgissent soudain, comme autrefois, à l’appel de certaines musiques, de certains vers, se dressaient des îles de rêves, des contrées de légende. Mais maintenant, point n’est besoin de vers ou de musique; l'intensité de nos chers souvenirs suffit.
Je n’ai même pas l’idée de ce que pourrait être une nouvelle vie; j'ai seulement la certitude que nous faisons de la vie.
Pour qui, et pour quand? Peu importe. Ce
que je sais et qui m'est affirmé au plus profond
de moi, c'est que la moisson de génie français sera engrangée, et que l'intellectualité de notre race ne pâtira pas des coupes profondes qui y ont été faites.
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Qui nous dit que le manant, camarade du penseur tombé, ne sera pas l'héritier de sa pensée? Aucune expérience ne peut controuver cette magnifique intuition. Le fils du paysan qui aura vu mourir un Jeune savant, un jeune artiste, reprendra peut-être l’œuvre interrompue;
peut-être sera-ce lui le chaînon de l’évolution
un instant suspendue. Voilà le vrai sacrifice : renoncer à l'espoir d’être le porte-flambeau. Il
est beau, pour l'enfant qui joue, de porter le
drapeau; mais pour l’homme, qu'il lui, suffise de savoir que le drapeau sera porté quand même! Et c'est ce que chaque minute de la nature augusle me certifie. Chaque instant rassure mon cœur : la nature fait des drapeaux
avec n'importe quoi. Ils sont plus beaux que
ceux auxquels se cramponnent nos petites habi-
tudes. Drapeaux de la science, drapeaux de
l’art, quel flocon dans l'air ne vous égalerait
pas? Et toujours 1l y aura des yeux pour recueillir les enseignements du ciel et de la terre. k
26 janvier.
Ta chère lettre du 20 m'est parvenue hier.
soir. Il ne faut pas m'en vouloir, si parfois,
comme dans ma lettre du 13, je manque de ce
que, pourtant, je me suis toujours efforcé d’ac-
quérir. Mais je te demanderai de réfléchir à
-ce que peut être la pensée d’un être jeune, en
. pleine production, à l'instant où la vie devrait
» l’arrache, qu'on le transporte dans un sol aride ou presque tout de son ordinaire alimentation
LR
CR : È L . être pour lui une floraison perpétuelle, quand on
. Jui fait défaut.
Eh bien! dès l'instant qu'après le déchire-
: ment premier, la vie ne l’a pas abandonné, il
s'efforce de puiser aux sucs indigents de son
nouvel état. L’effort est grand, et parfois exige
une concentration d'énergie qui ne laisse de place ni aux souvenirs n1 aux espérances. C’est un effort constant d'adaptation, et j'y parviens, sauf en des moments de révolte promptement réprimée, où surgissent, comme si je ne les avais jamais oubliées, les pensées, les actions de ma vie précédente. Il me faut alors toute ma
force pour noyer mes souvenirs déchirants
dans l’acceptation du moment.
Je pensais aux moments douloureux que vous avez aussi, et c’est la raison qui me faisait
vous encourager à une conception très impersonnelle de notre union. Je sais combien tu es
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forte et préparée à cette conception. Tu as rai-
son, ne devançons pas la peine. Mais à certains
moments on ne distingue pas très bien entre la
souffrance très réelle qui nous afflige et celle
qui pourrait venir.
Notez bien que j'ai tout espoir et que je
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compte sur une grâce dominante, mais soucieux
avant tout d’être un arliste, je m'occupe d’extraire de la beauté le plus possible et le plus vite possible, ne sachant pas les délais doi nous sont accordés.
21 janvier, après-midi.
Après deux mauvaises nuits de cantonnement par suite du manque de paille, la troisième a été interrompue par un départ précipité pour notre emplacement de deuxième ligne. Là, al pu enfin dormir.
Temps superbe, gel et soleil.
La grande nature se remet à m'envelopper et Sa voix plus puissante maintenant me réconforte. — Mais Chérie, quel trou dans l'existence! Oui, depuis ma nomination, je viens de vivre des instants qui, en moins terrible, rappellent les débuts de septembre, avec bien des grâces
LS, SAONE (ere NA E À 4
en plus. J'accepte cette nouvelle vie, mais nulle échappée vers l'avenir.
28 janvier, dans le soleil du matin.
Le temps dur et splendide a ceci de merveilleux qu'il laisse dans son grand ciel pur une porte ouverte à la poésie. Oui, ce que j'ai pu te dire de ce beau temps de ueige venait d’un cœur réconforté par la beauté triomphante.
J'ai lu avec bonheur, dans les revues que tu m'envoies, les articles sur Molière, sur le Parlement anglais, sur Martainville, sur les questions religieuses en 1830...
T'ai-je dit que dans les journaux j'ai appris la mort d'Hillemacher (1). Ce charmant camarade a été tué au cours de cette terrible guerre.
4er février.
Bien chère mère, j'ai reçu tes chères lettres des 26 et 27 : elles me raniment, c’est bien vrai. Jusqu'à présent notre emplacement de première ligne, cette fois-ci dans le village, a été favorisé par un calme complet, et j'ai connu de nouveau les heures de grâce où la nature me consolait.
(1) Logiste de l’année dernière.
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Ma situation a ceci de spécial que les corvées que Je fais maintenant sont commandées par les sentiments du devoir général, et non plus par l'insensible décision du règlement.
2 février. | À
Chère mère, je continue cette lettre au cantonnement, alors que l'agitation extrême des corvées accumulées remplit le vide que la mélancolie voudrait désoler.
J'arrive aux jours sombres où le néant ebhte la fin de tout, alors que tout dans mon existence m'a certifié la plénitude de l'univers. Oui, le dévouement, non pas à des individus, mais à l'idéal social de solidarité me soutient encore. Ah! quel exemple magnifique que Jésus et les pauvres. Ce juste, aristocrate, marquant par une tâche rebutante l’illimité du devoir altruiste, el. surtout enseignant à n'exiger en retour aucune reconnaissance... Je dois à mon expérience des
choses et des gens cette tranquillité de nerien .
attendre d'autrui. Et le devoir prend ainsi une … forme abstraite, dépourvue d'objectif RUE qui voile l’atroce de Perse situation.
Aujourd'hui, lever de soleil inouï! Encore un printemps qui s'approche... Je veux te raconter nos trois jours de première ligne.
Neige et gel. Nous avons descendu des pentes conduisant à notre emplacement dans le village. A ce moment, la nuit était tellement belle que les soldats en furent émus. Je ne pourrai jamais te dire assez la finesse précise de ce pays. Comment expliquer cette ciselure s’alliant au rêve des brumes sur lesquelles planait la lune? Pendant trois jours mon service nocturne me conduisait au sein de cette pureté, de cette blancheur.
Orfèvrerie noircie des arbres. Et malgré le camaïeu, des teintes quand même, des teintes rousses et bleues.
Il est des heures de telle beauté où celui qui les embrasse ne saurait mourir alors. J'étais bien en avant des premières lignes, et jamais je ne me sentis plus protégé. Ce matin, au retour, lever de soleil rose et vert sur la neige rose et bleue; libre étendue marquetée de bois et de champs recouverts; au loin, des fonds où meurent les argents de la Meuse. O Beauté quand même!
2 février.
Après des jours interminablement tristes, brusques et fugitives éclaircies de philosophie. Devoir, refuge austère, mais réconfortant.
Beauté inouïe de certains spectacles.
3 février.
Chère Mère Aimée,
Je reçois ta lettre du 29 à l'instant, au cantonnement. Journée anonyme et sans figure, journée où cependant commence à sourdre mystérieusement le printemps. Air chaud dans l’allongement des jours; amollissement soudain comme une pamoison dans la nature. Hélas!
combien cette émotion des choses serait douce hors de cet esclavage, mais les défaillances qui accompagnent le renouveau d'ordinaire, ne font ici qu'alourdir le fardeau.
Chère mère, comme je suis heureux de sentir la sympathie de tous au loin. Ah! la douceur qui existe!
Je suis enchanté des revues où j'ai noté, dans un admirable article sur Louis Veuillot, cette phrase : « O mon Dieu, ôtez-moi mon désespoir etlaissez-moi ma douleur! » Oui, nousne devons
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pas méconnaître le fécond enseignement de la douleur, et, sans doute, si je reviens de cette “guerre, j'en rapporterai une âme enrichie et façonnée.
* Aussi j'ai lu avec plaisir des conférences sur Molière, et là, comme ailleurs, j'ai reconnu la solitude où errent les âmes supérieures. Mais je dois à mes anciennes blessures sentimentales de ne plus jamais souffrir par le fait des autres. Mère bien-aimée, je t’écrirai mieux demain.
4 février.
Hier soir, rentrant dans ma grange, ivresse, “rixes, cris, chants et hurlements. Voilà la vie! Mais, au matin, alors que le réveil ne m'apportait que ces souvenirs, je me suis levé avant l’heure et J'ai retrouvé une lune amie, la grande nuit ‘qui s’envolait et l'aurore qui m'a pris en pitié! Le jour béni et printannier dore tout et dispense ses promesses et ses espérances. |
- Chérie, je réfléchis au titre que Tolstoi a “choisi : Guerre et Paix. Auparavant, je pensais qu'il voulait évoquer ainsi l’antithèse des deux. \états, mais je me demande âujourd’hui s’il n’a pas associé ces deux contraires dans la même