ICONOGRAPHIE D'A. LE COUVREUR
C'est l'éternelle souftrance de ceux qui tentent de remonter dans le passé, de se heurter sans cesse à des ruines, et d'user leurs efforts à la poursuite de l'insaisissable.
Est-on sûr, par exemple, de posséder aujourd'hui un portrait authentique de Molière? L'absence de documents inattaquables a permis à un commentateur du grand Comique de déclarer naguères que Molière était laid, et cette affirmation hasardée a pris une certaine gravité du fait que son auteur a, depuis, occupé le poste de directeur des Beaux-Arts.
Nous pourrions décréter aussi la laideur d'Adrienne, proclamée de son vivant par ses bonnes ennemies, et, de nos jours, par M. Ravaisson dans une note bien surprenante des Archives de la Bastille ' ; car nous n'avons d'elle aucune image originale et fidèle.
On ne peut considérer comme telle son portrait — perdu, d'ailleurs — par Charles Coypel, tableau de fantaisie et d'apparat, tête d'étude ou d'expression, que nous ne connaissons que par la belle gravure de
I . « Adrienne Le Couvreur était une des premières tragédiennes de son temps ; mais, comme beaucoup d'actrices d'un talent sérieux, elle était laide, mal faite, et n'avait de ce côté rien à reprocher à l'abbé Bouret. » En écrivant cette note, M. Ravaisson pensait probablement à Mlle Duchesnois, la tragédienne en vogue au temps de sa jeunesse.
262 Adrienne Le Couvreur.
Drevet : c'est une figure poncive, banale, sous laquelle on pourrait tout aussi bien graver le nom de Madeleine repentante ou celui de Sophie Arnould.
Nous ne savons pas davantage où est son portrait par Fontaine, que nous reproduisons ici d'après la gravure faite par Schmidt pour Odieuvre •.
Mais nous avons choisi de préférence cette Adrienne plus vraie, plus humaine, plus vivante, plus familière, pour accompagner un recueil de lettres où l'on rencontre plutôt la femme que la comédienne. C'est une Le Couvreur. en robe de chambre (on en compte jus-^ qu'à vingt-huit dans son inventaire) que nous avons sous les yeux, telle qu'elle était avec ses amis, dans son appartement de la rue des Marais ou dans le salon de Mme de Lambert, capable de tenir l'éventail de Célimène.
Quant au portrait en Cornélie, peint par Charles Coypel vers 1726, l'original appartenait au comte d'Argental, qui fe légua à Mme de V^imeux- par testament olographe du 9 mai 1787^. On ne sait pas plus ce qu'il est devenu que le portrait de Baron en Nicomi'de, par le même Coypel. Mais il a été souvent reproduit. J'en ai vu, il y a quelques années, une assez Donne copie en très mauvais état, plus grande que nature (i™. sur 0,70), cadre ovale, qu'on prétendait
1. F. -G. Schmidt a encore gravé t d'après Rigaud, les portraits de Fénelon et de M. Silva ; d'après La Tour, celui de La Tour ; et d'après Tocqué, l'abbé Desfontaines. Ces ouvrages furent exposés aux Salons de 1742 et 1743.
2. .Mme de Vimeux (Marie -Sophie Gillet) était fille adoptive (d'autres disent : naturelle^ de M. d'Argental, décédé le 6 janvier 1788. L'inventaire de ce dernier (Margotin, notaire") décrit, dans sa chambre à coucher, un tableau représentant Fontenelle, Saurin et Lamothe, légué au commandeur de Bufîerau. Cette toile, achetée par M. Emile Perrin en 1882, appartient aujourd'hui à son fils.
3. Archives nationales, T. 1109, et Archives historiques, artistiques et littéraires du i" janvier 1890. N« j, p. 129-
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provenir d'un château voisin de Nogent-sur-Marne ; un restaurateur trop zélé l'a complètement gâtée et perdue.
Le Musée de la Comédie-Française en possède un dessin grandeur nature, au crayon violet-brun, qui lui a été donné par M. Philippe de Saint-Albin en 1849.
Une mauvaise copie peinte d'après Coypel a passé dans une vente, vers 1850 (n" j 8 du Catalogue), sous le nom d'Artémise. Je l'ai vue en 1890, chez Foinart, rue Volney.
A la même époque, passait à la vente Despinoy un pastel anonyme, également désigné Artémise :
a Les yeux levés au ciel et portant l'urne sur son sein. Un voile noir descend sur ses épaules. Fond bleu. H. 72. L. 59. Ovale. Mi-corps. » (N° 946 du Catalogue, 1850.)
Un autre pastel, de plus petites dimensions, signé tt Houlger, 1786, » était exposé, il y a trois ans, chez un marchand de la rue Laffitte.
Il faut signaler encore une Andromaque, gravée sur un dessin d après nature par Demarteau, qu'on a quelquefois désignée, à tort, comme un portrait d'Adrienne Le Couvreur.
Mais à cette profusion d'œuvres médiocres combien ne préférerions-nous pas la seule gravure du grand portrait perdu, la représentant dans Monime au moment où elle va prendre le poison et où arrive Arbate : a Arrêtez ! arrêtez ! » C'était, au témoignage de Titon du Tillet, l'un des plus beaux morceaux de François de Troy le père, qui mourut, comme on sait, quelques jours après Adrienne'.
Elle fut peinte encore par J. B. van Loo et dut tenter Nattier, le peintre de la Beauté. Mais tout cela
I. Né en 1654, mort le 1" mai 1730, F. de Troy est l'auteur du portrait de Mezzetin. Son fils ne s'est-il pas inspiré ou tout au moins souvenu d'Adrienne dans sa suite d'Esther f
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a disparu, et M. H. Jouin, dans son Musée de porlrails d'artistes \ n'a pu signaler que les cinq pièces suivantes :
« Peinture, par un inconnu. (Musée de Châlonssur-Marne.)
<» Dessin. (Comédie-Française.)
» Dessin. (Musée de Montpellier.)
« Statuette plâtre, par E. Thierry. (Musée de Reims.)
.» Buste marbre, par A. Courtef". (Comédie-Française.) 5)
Il faut ajouter un dessin, appartenant à M. de Najac, qui a figuré, en 1888, à l'exposition des dixseptième et dix-huitième siècles, au quai Malaquais, et l'année Suivante à celle du Théâtre d'application. (N^^ 285 du Catalogue.)
On peut rapporter aux deux types Coypel et Fontaine les nombreux portraits, gravés ou lithographies, d'Adrienne Le Couvreur.
Nous ne citerons que les principaux :
A. — Tjpe Coypel.
1* Gravure de P. Drevet le fils, à mi-corps, très grand, cadre ovale. Les bonnes épreuves portent la laute « model s dans le dernier vers du quatrain ^.
1. Etat de trois mille portraits, Paris, Renouard, 1888, in-S".
2. L'artiste s'est inspiré du portrait par Coypel, qu'il a en quelque sorte masculinisé. Ce buste est actuellement placé dans l'escalier de l'administration. H porte la date de 1853.
3 . Le Mercure de France, décembre 1731, annonce la mise en vente de cette estampe « chez M. Francœur, rue Neuve des Petits-Champs, vis-à-vis la compagnie des Indes, et chez M. Drevet, aux Galleries du Louvre » .
Le Catalogue raisonné de l'œuvre des Drevet (Paris, Didot, 1876, 8°) signale trois états de cette gravure, qui vaut de 25 à 300 francs.
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