‹ Lettres de Adrienne LecouvreurChapitre 110 sur 126 · Var · texte numérisé non relu

Var

Je lui parlais encor des troubles de mon àme.

Je disais qu'Apollon et l'Amour de concert Prenaient soin de venger ma flamme :

Que ces Dieux, pour punir son coeur,

Avaient chez les mortels envoyé Melpomène ; Et que pour habiter la scène

La Déesse avait pris le nom de le Couvreur.

5 . Ces quatorze vers ont été supprimés dans les Œuvres de Le Franc.

284 Adrienne Le Couvreur.

Femme, rivale, actrice, on devine aisément Si sa colère fut modeste.

Mais un heureux événement L'interrompit, et m'épargna le reste.

Un Dieu — c'était l'Amour, ne vous étonnez pas Que jusques aux Enfers ' il ait porté ses pas, Il perce à votre nom les plus sombres retraites, — L'Amour par vos attraits - toujours sûr de ses coups Préside également dans^ les lieux 011 vous êtes Et dans les lieux * où l'on parle de vous.

Il arrive : sitôt qu'il frappe notre vue,

La foule d'habitants dans nos bois répandue

Se rassemble de toutes parts.

Ce Dieu découvre à nos regards Un portrait que sa main^ avait pris soin de faire; De trouble à son aspect*^ je me sentis atteint. Ce portrait enchanteur pouvait-il ne pas plaire? C'était le vôtre, et l'Amour l'avait peint.

Mais bientôt de ce Dieu la voix impatiente Par un effort nouveau surpassa notre attente. Il parle, le portrait^ obéit à ses loix : On voit vos mouvemens, on entend votre voix,

On sent déjà* la douce violence

Qui va bientôt nous entraîner.

Vous paraissez, l'Auditeur" en silence N'attend plus qu'un coup d'œil pour se déterminer.

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